đź”— Epstein, Rencontres et Matthew McConaughey

Cette semaine, on vous raconte comment l'IA est toute proche de toutes et tous nous fumer (cette fois c'est la bonne pas comme les 50 fois où on nous l'a dit), mais aussi que LFI n'est pas content (mais non ?) et que Matthew McConaughey non plus. Lisez jusqu’à la fin pour élargir votre palette culturelle . À dans cinq minutes ! 👀

đź”— HyperTextes
5 min â‹… 13/02/2026

Epstein : un scandale sans victime

via Valérie Rey-Robert

Avouons-le, on attendait la liste Epstein comme une commande Deliveroo : avec une impatience un peu grasse et la certitude d’être déçu par la marchandise. Depuis que les dossiers ont été rendus public, on assiste à autre chose. Le citoyen numérique, coincé entre son abonnement Netflix, son Lexomil et son désir d’exister, se rêve en justicier des ombres et scrolle, zoome sur des photos de mineures en invoquant la “vérité historique qu’il s’agit de dénoncer parce que personne ne le fait”, tout en s'offrant un petit frisson de porno-investigation à l’œil.

Le drame, c’est que la réalité est en fait d’une platitude crasseuse. Pas de messes noires, pas de tunnels secrets, pas de rituels sataniques pour pimenter l'ordinaire. Juste la vieille recette odieuse des puissants qui se paient de la chair fraîche issue de milieux en ruine, avec la régularité d'un métronome. Mais la banalité du mal ne fait pas de clics. Pour que l’indignation soit totale, il nous faut du spectaculaire, de l’espionnage, du soufre, des puces sous-cutanées et évidemment un complot du Mossad.

Les victimes, elles, sont invisibles, de la chair à canon narrative, un décor de théâtre un peu encombrant que l’on pousse du pied pour mieux voir si le nom d’un prince ou d’un ex-président ne traîne pas sous le tapis et, en fait, qui sert surtout de prétexte au règlement de comptes entre chapelles politiques.

Pendant que la droite instrumentalise ces horreurs pour valider ses délires paranoïaques et que la gauche s'étouffe de ne pas savoir par quel bout prendre une tragédie qui ne rentre pas dans ses cases idéologiques (même si au final, contre KEMS, ça sera de la faute du capitalisme), les victimes, elles, ont le privilège de voir leur vie étalée, non caviardée, sans que personne ne se demande ce qu’elles réclament vraiment.

Au fond, c’est ennuyeux mais l'humanité n'a pas changé : elle veut juste voir le sang couler, pourvu qu’il coule en UHD sur un écran Retina et qu’il appartienne au camps adverse.

Pour rester debout et comprendre le traitement de cette affaire, lisez Perdre PiedS.


3 choses emporter sur Artemis 2 Ă  savoir cette semaine

1. La France perd le mode d’emploi

Le plein-emploi à 5 % promis par le Château pour 2027 ? Compliqué. Aujourd’hui, la réalité est à 7,9 % et c’est un record depuis 2021.

La machine grippe et, comme dans tout bon système, on sacrifie les plus frais : 21,5 % des 15-24 ans sont sur le carreau pendant que les entreprises bunkerisent leurs cadres déjà usés pour “protéger le cœur de métier”. On est loin de la moyenne européenne (5,9 %), et on excelle dans l'exception française : l'insertion par le vide et un marché à deux vitesses où les "insiders" s’accrochent à leurs privilèges sédentaires, tandis que les jeunes servent de fusibles thermiques à la moindre baisse de tension de l'activité.

Bonus, Bercy serre les cordons de la bourse, les aides à l'apprentissage deviennent sélectives et la jeunesse regarde passer le train de la croissance avec un ticket périmé. C’est la vie, paraît-il.

Pour comprendre l’économie, les finances et même le chômage, lisez Economix

2. Les nuances de gris façon Beauvau

Pour les municipales, le ministère a sorti son nuancier 26 teintes pour classer le bĂ©tail Ă©lectoral. En 1900, on triait dĂ©jĂ  entre “rĂ©publicains”, “rĂ©actionnaires”, “boulangistes” et “douteux”. Un siècle plus tard, la nouveautĂ©, c'est le coup de pinceau sur La France insoumise, officiellement basculĂ©e du bac “gauche” vers celui de “l'extrĂŞme gauche”. Évidemment, Ă©moi chez les mĂ©lenchonistes qui hurlent Ă  la stigmatisation (comme l’avait fait le RN en 2024 après avoir Ă©tĂ© Ă©tiquetĂ© “extrĂŞme droite”). Ă€ l’époque, le Conseil d’Etat avait rejetĂ© le recours en considĂ©rant que la grille (qui plaçait alors LFI dans le bloc de gauche) n’était pas entachĂ©e d’erreur manifeste d’apprĂ©ciation et confirme, par la mĂŞme occasion, ce que tout le monde pressentait : Ă  force de hurler très fort sur tout ce qui bouge (ou pas), on finit par sortir du cadre et devenir, aux yeux d'un Excel prĂ©fectoral, une curiositĂ© radicale.

L’actualité de l’hexagone français est à retrouver sur Hexagone.

3. Laurent Duplomb et du beurre dans les épinards

Représentant du paysan “moyen” au Sénat MAIS une exploitation qui s’avérerait être un aspirateur à fonds publics avec un million d’euros captés depuis 2020. Veuillez accueillir Laurent Duplomb, le champion de la “simplification” législative aurait surtout simplifié son propre bilan comptable.

En 2023, il trônait carrément dans le top 1 % des exploitants les plus gavés de France avec 209 000 euros de bonus. Comme quoi, on peut détester l'assistanat tout en trouvant que le chèque de la PAC a une très jolie couleur. Hasard du calendrier, très certainement, pendant que le sénateur Duplomb ferraillait au Palais du Luxembourg pour faire voter une loi de “simplification” facilitant l'agrandissement des fermes, l'exploitant Duplomb aurait encaissé des subventions régionales records pour agrandir ses propres bâtiments. Une coïncidence qui ferait presque croire à un alignement des planètes fantastique, surtout que derrière cet octroi, la signature de son “ami” Laurent Wauquiez, grand ordonnateur des largesses d'Auvergne-Rhône-Alpes. Coup de bol.

Il cherche, il trouve, il alerte : c’est Bon Pote, l’ami de l’environnement et de l’écologie. Et l'enquête est à retrouver ici.

La frousse : nous allons tous y passer dans les 12 mois

C’est Mustafa Suleyman, le grand manitou de l'IA chez Microsoft qui le dit et vient de jeter un pavé dans la mare (et quelques carrières avec). Selon lui, la quasi-totalité des tâches de bureau seront automatisées d'ici 18 mois. Avocats, comptables, chefs de projet ou marketeurs.

En clair : votre journée consiste à cliquer sur des icônes et à rédiger des mails ? Bravo, vous êtes officiellement sur la liste des espèces en voie de disparition. Selon MS, on ne parle plus d'une aide logicielle, mais d'une performance “de niveau humain” qui arrive à la vitesse d'un TGV (mais à l’heure).

Encore plus clair et glaçant : le grand remplacement tertiaire n'est plus une théorie de science-fiction mais en phase de production. Suleyman observe déjà le séisme chez les développeurs, passés en six mois de créateurs à simples relecteurs de code généré par la machine.

On peut pas faire plus clair : la Silicon Valley annonce désormais 80 % de chômage potentiel pour les professions intellectuelles.

Pendant que nos gouvernements débattent encore du sexe des anges numériques, les copilotes de Microsoft s'apprêtent à virer les commandants de bord pour transformer les open spaces en serveurs silencieux.

C’était cool (non) quand on pensait que les robots balayeraient nos rues. En fait, ils vont finalement rédiger nos contrats (et les ruptures qui vont avec), nos plans marketing, nos plaidoiries en nous laissant à notre seule utilité résiduelle : débrancher la prise. Ou essayer.

Finalement, c’est Duplomb qui a raison.

Ça fait peur mais il faut peut-être l’écouter malgré tout : l’interview de Mustafa Suleyman



Même le droit ne peut pas protéger Matthew McConaughey de l'IA…

L’acteur texan avait déposé sa voix et ses répliques cultes pour contrer l’intelligence artificielle.
Spoiler : c’est un coup d’épée dans l’eau, et les juristes se marrent (jaunement).

McConaughey a tenté de transformer son célèbre « Alright, alright, alright » en marque déposée. Problème : le droit des marques n’est pas un bouclier magique contre l’IA. Il sert uniquement à identifier des produits ou services commerciaux. En clair : le droit des marques, c’est pas pour protéger l’humain, c’est pour vendre des bagnoles ou du détergent.

Si vous utilisez sa voix pour une vidéo parodique sur TikTok, vous ne vendez rien, donc vous ne contrefaites rien.

Pire, en déposant des marques qu'il n'utilise pas concrètement pour vendre des trucs, l'acteur s'expose à une “action en déchéance” : n'importe qui pourrait réclamer le droit d'utiliser ces termes parce qu'ils dorment sur une étagère.

Le plus triste dans l’histoire, c’est que Matthew a tellement peur de devenir un robot qu'il est prêt à se transformer en yaourt.


L’analyse juridique complète et beaucoup plus sérieuse est à retrouver sur Réalisé sans trucage, la newsletter qui parle cinéma, qui mange cinéma, qui dort cinéma et qui parfois, se réserve le droit de parler du droit dans le cinéma.

… alors foutu pour foutu, organisons notre grand débranchement des applis de rencontres

Et si, demain, l’État décrétait un moratoire de 90 jours sans applis de rencontre ? Un grand débranchement général pour cause de santé sociale. Imaginez le silence délicieux du téléphone qui cesse enfin de vibrer pour vous injecter votre dose de validation minable et artificielle parce que la vraie question est là, posée sur le comptoir entre deux verres tièdes : que reste-t-il de votre capacité à bouger les lèvres quand on coupe la perfusion de l’algorithme ?

En 2026, l’amour n’est plus une aventure, c’est une composante de l’ennui. Le désir s’est transformé en gestion de stocks, en logistique de la chair où l’on scanne des visages comme on vérifie le prix d’une boîte de petits pois. Disons-le tout net : ça pue la mort et le “Dating Washing” n’y changera rien : les plateformes auront beau repeindre leur machine à cash avec des couleurs pastel et du vocabulaire de psychologue pour vous revendre du « lien véritable » en option premium, elle vous vident les tripes puis ils vous facturent un pansement alors qu’une opération semble nécessaire.

Alors, Anissa Ali a une idée : débrancher trois mois, pour vérifier s'il reste encore un peu de sang dans vos veines ou si vous n'êtes plus qu'une extension biologique d'une interface californienne. Ce serait le retour de la vraie tragédie, la seule qui vaille : devoir s'asseoir en face d'une femme ou d'un homme dans un bar miteux, sans filet de sécurité, supporter l’insoutenable latence d’une humanité qui ne se laisse pas swiper. Si l'idée de ce Reset vous donne des sueurs froides, c'est que l'anesthésie a réussi : vous n'avez pas peur de la solitude, vous avez peur de découvrir que vous êtes devenu aussi vide que votre écran.

Anissa en dévoile plus sur sa pensée, les conséquences et tout un tas de choses qui font du bien à terme, là où ça fait quand même mal, notamment sur le moment. On se comprend.

La reco de la semaine : grand-remplacer tout par de la télé-réalité coréenne

Oubliez le fond du panier de Frenchie Shore ou les mariages express de Love Is Blind, le salut vient finalement de l’Est, loin des open-spaces parisiens. Il s’agit des programmes sud-coréens et japonais.

C’est là que se joue la vraie tragédie moderne, entre pudeur millimétrée et étude sociologique glaciale.

Prenez Single’s Inferno (ou Sauve qui pécho pour les amateurs de jeux de mots qui s’en sont même pas). C'est le triomphe du minuscule. Dans une ère de surconsommation des corps, voir deux adultes s'émerveiller pour un frôlement de main après dix jours d'enfermement sur une île demeure un acte révolutionnaire. Bien sûr, le vernis craque vite : c'est un festival de corps pâles sans un gramme de graisse et de misogynie banalisée où l'on s'extasie sur une joue creusée. C’est fascinant comme un accident de voiture au ralenti : on méprise les codes, mais on ne peut pas détourner le regard.

À côté, The Boyfriend au Japon tente une autre approche. Une villa à Hokkaido, des candidats gays, un exploit politique en soi là-bas et une bienveillance qui frise l'insupportable. Si la saison 2 s'enlise dans un casting de paresseux qui se connaissent déjà tous, le programme reste une bouffée d’air frais. Ici, on ne force pas le drama, on laisse les gens sortir respirer, voir leurs potes, garder leur téléphone. C’est une télé-réalité qui refuse d'être une prison, ce qui, par les temps qui courent, est sans doute l'ultime fantasme de liberté.

Mais ça, c’est évidemment Mélissa Chevreuil qui vous le vendra mieux que moi, dans sa newsletter “Toujours kawainé toujours cute”.


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