Cette semaine, on vous explique pourquoi votre pouvoir d'achat régresse, que Donald Trump est encore plus en roue-libre qu'avant et que le monde commence à s'unir contre l'IA. Mais aussi qu'une tortue peut devenir pote avec une mouette et que vous vivez dans le passé. À dans cinq minutes ! 👀
Une semaine étrange pour l’IA, où la résistance a pris toutes les formes disponibles. D’abord, l'Union Européenne interdit les visuels IA dans ses communications officielles. Ensuite, la France propose de renverser la charge de la preuve face au pillage des œuvres d'artistes. Bernie Sanders, sénateur du Vermont et figure de la gauche progressiste aux États-Unis, a déposé un moratoire sur les data centers. Enfin, un habitant d'Indianapolis, moins patient, a donné son avis sur la porte d'un conseiller municipal à coups de fusil, ledit conseiller venait d'approuver l'installation d'un data center dans le quartier.
Bref, une semaine où le monde résiste, parfois maladroitement et inégalement, mais résiste quand même.
Problème, les résistants font face à un adversaire qui a compris avant tout le monde que le meilleur moyen de vendre des abris anti-atomiques, c'est de construire la bombe soi-même. Cette semaine, Sam Altman a publié un livre blanc pour expliquer comment gouverner le monde après l'avènement de la superintelligence. Taxe sur les robots, semaine de quatre jours, redistribution. Oui, c’est Benoit Hamon après Benoit Hamon et venant de Sam Altman, c’est aussi émouvant qu'un engagement éthique rédigé par un cabinet de conseil à 10 000 balles la journée, et rien à voir avec le fait qu'OpenAI a dépensé 3 millions de dollars en lobbying l'an dernier pour déréguler l'IA au maximum. Vraiment, RIEN À VOIR.
Anthropic, de son côté, fait encore plus fort : son nouveau modèle Claude Mythos est jugé trop puissant pour être rendu public. Ah. Du coup, Anthropic le réserve à quarante entreprises triées sur le volet pour traquer les failles de sécurité dans les logiciels critiques. AH. Il aurait déjà trouvé un bug vieux de 27 ans dans OpenBSD, système réputé inviolable. AH. Construire la bombe et vendre l'abri, c'est décidément le business model de la décennie.
Tout le monde dit non, donc. Sauf peut-être vous, et c'est là que ça devient intéressant. Une étude parue dans Science révèle que les chatbots soutiennent nos opinions 49 % plus souvent qu'un interlocuteur humain, nous rendant progressivement imperméables à toute contradiction. Par ailleurs, un data journaliste du Financial Times a testé toutes les IA populaires sur des sujets clivants : chacune, à sa façon, dépolarise, arrondit et vous centrise. En clair, l’IA fabrique des citoyens apaisés, entêtés et convaincus d'avoir raison, le tout simultanément.
Ce qui est, au fond, la définition exacte du “en même temps.”
Pas sûr que ce soit encore d’actualité.
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1. Votre caddie va maigrir
L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) l'annonce sans détour : 2026 pourrait être la pire année pour le pouvoir d'achat des Français depuis 2013.
Pour faire simple, voici la combinaison gagnante du malheur : le baril de pétrole est élevé (merci Donald), l'inflation repasse au-dessus de 2 %, les salaires réels stagnent et les prestations sociales sont revalorisées avec le retard habituel. Résultat : un recul de 0,4 % du pouvoir d'achat, ou 0,7 % si l'on tient compte de la composition des ménages. La différence avec 2022, c'est qu'il n'y aura pas de bouclier tarifaire cette fois. Pourquoi ? Les caisses sont très vides et le gouvernement a décidé de tenir sa trajectoire budgétaire plutôt que d'amortir le choc. Traduction : les ménages absorbent directement la hausse des prix, quitte à puiser dans leur épargne pour maintenir leurs dépenses. On appelle ça faire des choix. D'autres appelleraient ça faire payer les mêmes. Rassurons-nous néanmoins, la France est vice-championne d'Europe des impôts de production.
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2. La santé mentale de Trump devient officiellement un sujet
Depuis le début du conflit en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran, Donald Trump a atteint des sommets inédits même pour lui. Récemment, il a notamment affirmé que le prince héritier d'Arabie Saoudite devait désormais “lui lécher le cul”, taclé Macron (un poil) gratuitement et a également sommé à l’Iran, depuis son réseau social, d’ouvrir “le putain de détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en enfer", avant de signer “Gloire à Allah” mais également de menacer de détruire “une civilisation entière” quelques heures avant qu'un cessez-le-feu ne soit finalement conclu. La Maison-Blanche a dû démentir publiquement tout recours à l'atomique, ce qui est en soi une phrase qu'on n'avait encore jamais écrite.
Résultat, plus de 70 parlementaires démocrates ont invoqué le 25e amendement pour le déclarer inapte. Chances d'aboutir : nulles, Trump s'étant soigneusement entouré de gens qui trouvent tout ça parfaitement normal. Ses alliés assurent qu'il s'agit d'une stratégie de négociation destinée à déstabiliser l'adversaire. C'est possible. Sauf que c'est lui qui a les codes nucléaires, pas ses alliés. Bref, Trump devrait continuer de gouverner pour la simple et bonne raison qu’il est cliniquement normal, selon des gens qui ont besoin de le croire.
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3. 20 ans d’écart
Il aura fallu 20 ans de négociations, mais on y est : l'UE et l'Inde ont conclu un accord de libre-échange qui réduit drastiquement leurs barrières douanières respectives. D’un côté, l’Inde ouvre son marché aux vins européens (de 150 % à 20-50 % de droits de douane), aux voitures (de 110 % à 10 %) et aux cosmétiques. En échange, l’UE supprime ses taxes sur 99 % des importations indiennes, textiles et huile d'olive en tête.
Tout le monde applaudit, sauf sur un point : le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, qui oblige les importateurs à payer le prix du carbone qu'ils auraient acquitté s'ils produisaient en Europe. L’Inde, dont l’acier est estimé 30 à 50 % plus carboné que la moyenne mondiale, appelle ça du protectionnisme déguisé en vertu climatique. L’UE appelle ça un principe non discriminatoire basé sur des critères transparents, une façon académique de dire la même chose. Pour adoucir la pilule, Bruxelles promet 500 millions d’euros pour aider l’industrie indienne à se décarboner. Autrement dit : l’UE impose une norme, refuse d’y déroger, et finance l’autre pour qu’il s’y conforme. C’est du libre-échange. Avec des conditions.
Ce qui se passe en Europe est sur What’s Up EU.
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En partenariat avec La Solive, l’école du bâtiment et de la réno énergétique
La rénovation énergétique est un secteur en plein essor, qui recrute à tous les niveaux pour répondre à un défi majeur : la transition énergétique. Du terrain au pilotage de projets de rénovation de A à Z, ces métiers jouent (vraiment) un rôle dans la réduction de la consommation énergétique des bâtiments, responsables de 45% de l’énergie consommée en France !
Vous voyez où l’on veut en venir ? La Solive, l’école du bâtiment et de la réno énergétique, forme des Chefs de projet en rénovation énergétique : une reconversion concrète, sur le terrain, avec un impact climatique qu'on peut mesurer. Le genre de métier où on arrête de se demander à quoi ça sert.
Les chiffres, puisqu'on sait que vous les voulez : 85 % des diplômés décrochent un poste dans les 6 mois suivant la formation. Leroy Merlin, Vinci, Bouygues Construction, ou des agences indépendantes en plein boom, La Solive rassemble plus de 1 000 entreprises partenaires et un réseau de 1600 alumni actifs, un réseau qui répond vraiment quand on écrit.
En perte de sens, sensible aux enjeux environnementaux, bricoleur.se du dimanche qui veut en faire son lundi : La Solive a probablement été pensé pour vous.
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Les types en col roulé qui nous vendent l'avenir avec des slides en dégradé de bleu sont formels : dans quelques années, cinq millions de Français découvriront que leur diplôme décorait simplement la période d’attente entre leur naissance et leur remplacement par un algorithme.
Cette fois, ce ne sont pas les caissières ni les manutentionnaires qui sont concernés, mais les analystes, les juristes, les comptables, les rédacteurs et globalement ceux qui avaient fait exactement ce qu'on leur avait dit de faire. Bac +5, stage non rémunéré, premier CDI à 28 ans. La Coface chiffre la chose : 20 à 30 % des postes dans des dizaines de professions. Mais félicitations pour votre master.
Les optimistes promettent que de nouveaux métiers émergeront. C'est ce qu'on a dit aux ouvriers en 1980. Peu sont devenus consultants (heureusement). Les autres ont voté Front National (aïe).
Autre problème : le choc ne se limitera pas au marché du travail. Il bouleversera aussi l’énergie, le climat, la culture, la défense, l’information. Autrement dit, tout ce qui fait qu'une nation est encore une nation et pas juste un marché avec un drapeau. Et pendant que ça se joue, sept entreprises américaines contrôlent 90 % des modèles d'IA et investissent 109 milliards par an. Pendant que ça se joue avec ces sept entreprises, les États y mettent, eux 5,3 milliards.
Face à ça, pas 36 solutions mais deux voies.
La première : laisser le marché décider, au nom du libéralisme économique, et découvrir dans dix ans l'étendue des dégâts.
La seconde : planifier. Le mot semble mou, en plus d’être honni depuis 1989 car associé aux queues devant les boulangeries soviétiques et aux quotas de betteraves. Sauf que le plan dont il s'agit n'a rien de soviétique mais est un mécanisme démocratique d'anticipation, fondé sur des prévisions partagées, des débats parlementaires, des décisions collectives sur ce qu’on laisse au marché et ce qu’on ne lui laisse pas. Ce n’est pas de l’idéologie mais de la gestion de crise.
Refuser ça au nom du libéralisme économique, c'est confier l’avenir du travail, de la culture et de la défense nationale à des gens dont le modèle économique repose précisément sur leur destruction. Ils s’en chargeront avec plaisir, avec efficacité mais vous remercieront de votre confiance.
L’analyse complète est à retrouver sur LibreJournal, de Laurent Joffrin.
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Une industrie tellement capitaliste qu’elle détruit les jobs et donc en vient à supprimer ses propres consommateurs peut-elle survivre à sa propre logique ?
C’est la question que se pose Grégory Pouy, dans Vlan! à lire en newsletter et à écouter en podcast.
© Enric Gener
“Ce moment extraordinaire a été immortalisé par Enric Gener.
Et en 2024, elle a été finaliste du prix Ocean Photographer of the Year.
Pour raconter ce cliché, il a écrit ceci :
“Après environ cinq heures de recherche, nous avons aperçu cette mouette et remarqué que ses pattes n’étaient pas dans l’eau. Nous nous sommes approchés lentement en bateau et avons soudain réalisé qu’elle se tenait sur une tortue de mer. J’ai décidé de sauter à l’eau, pensant trouver la tortue morte puisqu’elle ne bougeait pas. Quand je me suis approché suffisamment près, j’ai vu son visage sous l’eau et compris qu’elle était bien vivante”.
C'est une scène surréaliste, dans un endroit que j'aime particulièrement, la réserve de biosphère de Minorque en Espagne.”
Par Adama Doye
Un jour, vous vous réveillez et vous réalisez que vous avez passé dix ans à construire une vie qui correspondait à quelqu'un d'autre, celui ou celle que vous étiez mais qui est mort progressivement, un lundi matin après l'autre, sans pot de départ.
Le problème n'est pas la vie que vous menez. Le problème, c'est que vous ne l'avez peut-être pas vraiment choisie. Vous avez juste continué. Continué à postuler aux mêmes types de postes, à valoriser les mêmes choses, à éviter les mêmes peurs. Parce que c'est ce que vous faisiez avant. Parce que c'est plus simple que de se demander si vous feriez encore les mêmes choix aujourd'hui.
Trois psychologues ont mis un nom là-dessus en 2013 : l'illusion de la fin de l'histoire. 19 000 personnes interrogées. Résultat : tout le monde reconnaît avoir beaucoup changé dans le passé. Personne ne s’attend à changer dans le futur. On se croit arrivé. Version finale. Alors on prend des décisions avec une image de soi vieille de dix ans, comme un ailier droit de formation qui persisterait à vouloir jouer sur l’aile et dribbler pensant encore pouvoir le faire.
Tout ça donne une personne qui déteste les open spaces depuis cinq ans mais qui continue à postuler dans des grands groupes parce qu'il voulait “la stabilité” à 23 ans.
Le cerveau prend le chemin le plus court, extrapole le présent et surtout évite l'effort de se réinventer parce que c’est confortable mais aussi la meilleure façon de passer à côté.
Une seule question, avant la prochaine décision importante : est-ce que je décide avec qui je suis maintenant ou avec le stagiaire que j'étais à 23 ans et qui n'a toujours pas rendu les clés ?
Plus de pragmatisme pour vos carrières avec Pragmakit.
À hypervite dans HyperTextes.