Cette semaine, on vous explique pourquoi l’épidémie de hantavirus n’a rien d’une surprise, comment une entreprise veut louer des vaches pour relancer l’agriculture française, et on vous glisse un prompt IA pour vendre votre modèle capable de détruire le monde au plus offrant. À dans 5 minutes 👀
Deux tiers de la forêt amazonienne pourraient bien se transformer en savane si le réchauffement climatique atteint 1,5 °C et que la déforestation franchit 22 à 28% du territoire : on est déjà à 18% (Reporterre).
La raison ? La forêt génère 50% de ses propres pluies grâce à l'évapotranspiration de ses arbres. En les coupant, on assèche l'air et on brise le cycle. Bref, avec un point de non-retour attendu pour 2030, on est tranquillement en train de scier la branche sur laquelle on est assis.
La France va bientôt décrocher la palme de la plus grande exploitation de poules d'Europe, avec 1,2 millions de volatiles réunis dans une même exploitation de l'Oise (Le Canard Enchaîné). En avril, la préfecture a autorisé l'extension de la "Ferme du Pré", qui hébergeait jusqu'alors 900 000 poules pondeuses. 320 000 cocottes supplémentaires seront élevées au sol, dans des bâtiments fermés sur trois étages, sans accès à l'extérieur. En clair, la "Ferme du Pré" ressemble d'avantage à un immeuble de bureaux pour volailles qu'à une carte postale de campagne. Pas sûr qu’on soit ravis d’être les premiers sur ce coup là.
2026 pourrait bien entrer dans l'histoire climatique comme l'une des années les plus extrêmes jamais observées, s'alarment des scientifiques (Le Monde). Les 5 premiers mois ont déjà vu s'accumuler records de chaleur océanique, canicules précoces, incendies géants et pluies diluviennes. Le Groenland a connu son mois de janvier le plus chaud jamais enregistré. Le fameux El Niño - l'« enfant terrible du Pacifique » - reviendra très certainement cet été, favorisant les phénomènes extrêmes. Bref, on enchaîne les catastrophes avec le cardio d'Usain Bolt pendant que les gouvernements relèguent la lutte contre le réchauffement climatique aux oubliettes - un peu comme si on organisait un barbecue pendant l'incendie.
EN CLAIR, ON FLINGUE DES ÉCOSYSTÈMES ET ON OUBLIE LES RETOURS DE BÂTON.
Déforestation en Amazonie, fermes géantes de volailles et records climatiques en série. Trois signaux déconnectés - jusqu'à ce qu'on réalise qu'ils racontent la même chose : quand on malmène le monde sauvage pour nos propres besoins, il va forcément nous le rendre.
Le dernier rappel en date ? L'épidémie d'hantavirus détectée sur le bateau de croisière MV Hondius fin avril, et qui a déjà fait quatre morts - en faisant revivre à un paquet de monde les flash-backs de la pandémie de Covid. Pendant qu'on s'inquiète de nos stock de masques et de gel hydroalcooliques, on en oublie l'éléphant dans la pièce : la dégradation des écosystèmes et le changement climatique ne sont pas des figurants dans l'émergence de ce type de zoonose.
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TechTrash, toujours à l’affut des nouveautés tech les plus absurdes, nous apprend l'arrivée aux États-Unis de "Radiant Mobile", nouveau venu dans le monde des télécoms et qui se revendique comme… le premier opérateur téléphonique chrétien au monde.
Son forfait bloque automatiquement les contenus pornographiques, "sataniques" et LGBT - sans possibilité de désactivation, même pour les adultes. Façon Big Brother, le filtrage se fait directement au niveau du réseau, si bien que le site Internet de l'université de Yale, par exemple, reste accessible… mais pas sa section LGBTQ+. Bref, on a réussi à transformer un réseau mobile en confessionnal numérique, où même des pages universitaires finissent censurées - in the name of God.
C'est ce terme, repéré dans L'Humanité, qui circule depuis plusieurs mois pour parler de la vague de suppression d'emplois annoncée par l'arrivée de l'intelligence artificielle dans les entreprises. Pas une récession classique, un remplacement méthodique de tous les jobs dont peuvent s'acquitter des programmes qui ne mangent pas, ne dorment pas et ne vont pas se syndiquer. En clair : c'est un grand nettoyage de printemps, où les postes automatisables finissent à la poubelle.
"Avec la jobapocalypse qui s'annonce dans mon secteur, je pense que je vais me reconvertir dans l'élevage de chèvres au Pérou. Là-bas au moins, personne ne trouvera un agent IA pour faire mon taff à ma place !"
L'IA est présente dans la quasi-totalité de la société : elle pourra bientôt effectuer des tâches ménagères à notre place, pondre les bilans comptables d'une entreprise, réaliser des blockbusters et même participer à des opérations militaires.
Anthropic, l'entreprise qui commercialise Claude, a annoncé que son dernier modèle, Mythos, était trop dangereux pour être publié auprès du grand public. La raison ? Le bébé d'Anthropic serait tellement performant et ingénieux… qu'il aurait trouvé des milliers de failles de sécurité dans les principaux systèmes d'exploitation et de navigateurs. Pour évaluer le risque, seule une quarantaine d'entreprises américaines - triée sur le volet par Anthropic - a eu accès au modèle. Tandis que le reste du monde se demande si l'IA ne serait pas en train de remplacer l'ogive nucléaire au rang des armes de dissuasion massive.
On oublie une chose dans tout ça : l'accès aux modèles IA - qu'il s'agisse de Mistral, ChatGPT ou Claude - est vendu par des entreprises qui, naturellement, ont besoin de faire du chiffre. Et pour faire du chiffre, il faut des clients. Et pour aller chercher des clients, il faut… du marketing.
Le 7 avril 2026, Anthropic annonce que ses revenus vont pour la première fois dépasser ceux d'OpenAI, la maison-mère de ChatGPT. L'entreprise projette un chiffre d'affaires de 30 milliards de dollars, contre "seulement" 24 milliards pour OpenAI, rapporte la RTS. Le même jour, Anthropic dévoile Mythos. Une semaine plus tard, le 14 avril, son rival renchérit avec son propre modèle concurrent, GPT-5.4-Cyber, révèle AXIOS. Un timing qui ne doit évidemment rien au hasard.
Sam Altman, le boss d'OpenAI, accuse d'ailleurs Anthropic de faire du "fear-based marketing" - comprenez, "le marketing de la peur". C'est clairement un excellent marketing de dire : "On a construit une bombe, on va la lâcher sur vos têtes. On vous vend un abri anti-atomique pour 100 millions de dollars", déclarait-il à TechCrunch fin avril.
©Taylor Hill / FilmMagic
Comme le souligne Thomas Veldkamp dans la newsletter Footnotes, Anthropic a elle-même reconnu que plusieurs "découvertes" attribuées à Mythos venaient en fait… de stratégies conçues par des chercheurs bien humains. Le modèle n'avait rien inventé - il avait juste bien exécuté la tâche qu'on lui avait donnée.
Loin de Skynet (l'intelligence artificielle qui anéantit l'humanité dans Terminator, vous l'avez ?), Mythos est en fait un aperçu de ce qui arrive - et surtout un coup marketing brillant. Anthropic a réussi quelque chose de rare : transformer le refus de lancer un produit… en argument commercial. Et à ce jeu-là, la peur - même si elle est loin d'être justifiée - est un excellent produit d'appel.
L'analyse complète est à retrouver sur Footnotes.
POINT DE DEPART : La conquête commerciale de l'espace s'accélère. SpaceX, Blue Origin et une poignée de start-ups chinoises et européennes multiplient les lancements. Les coûts d'accès à l'orbite - basse comme haute - chutent, les constellations de satellites se densifient et les premières stations spatiales privées se préparent. Mais qu'est-ce que ça change, concrètement, pour quelqu'un qui vit les pieds sur Terre ?
CHIANT MAIS PROBABLE L'espace devient une infrastructure comme une autre. Fini l'effet "waouh" des missions Apollo à la téloche - on suit les lancements de fusée comme on suivrait l'ouverture d'une nouvelle ligne de TGV Bordeaux / Clermont-Ferrand. Les satellites couvrent chaque centimètre carré de la planète, l'Internet par satellite devient la norme dans les zones rurales après avoir désamorcé l'isolement de la Creuse. Les gouvernements sous-traitent leurs missions scientifiques aux entreprises privées pour économiser sur leur budget. Quelques milliardaires font un tour en orbite - animé par le chanteur "Mr Worldwide" Pitbull. Ça coûte le prix d'un yacht, et ça impressionne tout autant - donc moins qu'avant. L'espace devient le nouveau Monaco : glam, cher, réservé à ceux qui peuvent se le permettre.
BLACK MIRROR Une constellation de satellites chinois détecte et surveille en temps réel chaque mouvement à la surface de la Terre, au centimètre carré près. Les gouvernements achètent les données. Les boîtes privées aussi : Verisure lance une nouvelle formule de protection de domicile qui n'a rien à envier à la NSA tandis que votre prime d'assurance augmente, vu la vitesse à laquelle vous rouliez sur l'A6 le week-end dernier. Votre banque refuse votre prêt immobilier parce qu'une IA a analysé vos déplacements et en a conclu que vous n'aviez jamais mis un pied à Plounéour-Ménez (oui, c'est en Bretagne). Bref, l'orbite basse n'est plus un lieu d'exploration - c'est un panoptique flottant à 400 km d'altitude. Et vous ne pouvez même pas lui échapper en éteignant votre téléphone !
IDIOCRACY Elon Musk (encore lui) annonce qu'il va diffuser le prochain Super Bowl depuis l'espace. Ça ne change pas grand-chose pour les téléspectateurs, mais il économise sur les spots de pub à la gloire de Tesla. Une influenceuse lance le premier mariage en apesanteur, sponsorisés par Coca-Cola et diffusé en direct sur TikTok. Jeff Bezos ouvre un hôtel-casino en orbite, avec vue sur la Terre et cocktails à 30 000 dollars - la liste d'attente s'étire sur trois ans. Une start-up propose d'envoyer vos cendres dans l'espace pour 5 000 euros - le cimetière orbital devient tendance chez les bobos. L'espace ne sert plus à rien de scientifique, mais il génère des milliards en divertissement. On a ce qu'on mérite, que voulez-vous.
GRAND RECLASSEMENT La Chine construit une station spatiale permanente capable d'accueillir 50 personnes. Forcément, les États-Unis et l'Europe répliquent en lançant leurs propres projets. L'orbite basse devient un nouveau terrain de rivalité géopolitique - et cette fois-ci, aucun détroit pour compliquer les choses. Les premières ressources extraites d'astéroïdes arrivent sur Terre - pas grand-chose, juste assez pour prouver que c'est faisable. Les traités internationaux sur l'espace deviennent obsolète. Qui possède un astéroïde ? Qui a le droit d'exploiter la Lune ? Donald Trump a-t-il le droit de renommer la Mer de la Tranquillité en "Sea of America" ? Personne ne le sait. Ça n'empêche pas les Nations Unies d'organiser des sommets qui ne mènent nulle part - tandis que les entreprises privées avancent sans demander l'autorisation à personne. Ça y est : l'espace devient le Far West du XXIè siècle. Yee-ha.
LE MONDE D'APRÈS Les débris spatiaux s'accumulent tellement qu'ils rendent certaines orbites tout bonnement inutilisables. Un satellite non-identifié, ayant dévié de sa trajectoire, percute une station privée, tuant six personnes. Tandis que les prix de l'assurance spatiale explosent, les lancements ralentissent. L'espace, c'est saturé, dangereux et ça coûte cher. Sur Terre, les gens regardent les milliards dépensés pour mettre tout et n'importe quoi sur orbite en se demandant pourquoi on n'a pas plutôt investi dans les hôpitaux, les écoles et les énergies vertes. L'espace redevient ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être : un horizon lointain, fascinant, à prendre avec des pincettes. Là, on a vraiment les pieds sur Terre.
Cette semaine, collez ça dans Claude ou ChatGPT :
"Tu es responsable marketing chez une entreprise d'IA. Tu dois rédiger une annonce apocalyptique pour vendre ton dernier modèle IA en expliquant qu'il est trop dangereux pour être publié mais que ton entreprise va quand même le vendre à quelques clients triés sur le volet pour des millions de dollars. Utilise le registre de la menace existentielle et de l'urgence absolue.
Puis dans un second temps, joue le rôle d'un analyste tech qui démonte méthodiquement chaque argument marketing en citant des sources (études, déclarations dans la presse, avis de concurrents, déclarations de chercheurs) pour prouver que tout cela relève davantage de la stratégie commerciale que du prochain Skynet."