🔗 Lionel Jospin, Loana et Crêpes-Bot

Cette semaine, on vous explique pourquoi le décès de Lionel Jospin marque la fin d'une époque, et que la guerre en Iran peut nous coûter cher. Mais aussi que c'est le bordel au Conseil Constitutionnel et qu'on envoie des robots pour faire la guerre en Ukraine... ainsi que des crêpes. À dans cinq minutes ! 👀

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6 min ⋅ 27/03/2026

Lionel Jospin, l’homme de gauche très droit

Droit. Si Lionel Jospin était un angle, il serait droit, forcément. Un homme de rectitude égaré dans un monde de courbes, une règle de trente centimètres dans un sac à main Chanel : le prof de gestion perdu au bal des faux-culs. Adieu au dernier des rationnels, capable de vous justifier un suicide politique par une analyse en trois points, avec une pédagogie si polaire qu’on se sentait soudain l’âme d’un cancre en pleine gueule de bois.

Pourtant, sous le vernis du social-démocrate de compète, Jospin cachait une duplicité presque romanesque. Lieutenant du Sphinx à l'Élysée le jour, militant clandestin chez Pierre Lambert la nuit : c’est le grand mix improbable, un banquier de chez Lazard dissimulé sous le pull en laine d'un trotskiste. Le genre de type capable de fendre l’armure pour une suée au tennis après avoir achevé trois requins du PS, sans même froisser son col de chemise. Un austère qui se marre, certes, mais qui ne s'autorisait un semblant d’ivresse que si la croissance frôlait les 3 % et que le déficit restait au piquet.

Son passage à Matignon reste un cas d’école de sérieux efficace et profondément ennuyeux. Pendant que Jacques Chirac palpait le cul des vaches au Salon de l'Agriculture, c’est Jojo qui tenait la boutique avec une application de premier de la classe. Mais la politique est une amante cruelle, une de ces filles de nuit qui préfèrent les voyous magnifiques aux garçons trop bien élevés. En 2002, sa franchise a agi comme un repoussoir.

Résultat : un retrait sacrificiel, brutal, un soir d'avril qui sentait déjà le rance.

Le constat est d'une mélancolie clinique : Jospin a incarné cette gauche honnête qui sait compter mais qui a oublié qu'en politique, on ne gagne pas avec des syllogismes.

Il a laissé derrière lui pas mal de regrets ainsi qu’une portée de poulains, de Hollande à Royal, qui ont repris le flambeau avec plus ou moins de bonheur, mais beaucoup plus de teinture pour cheveux. Il reste aujourd'hui un phare rectiligne dans le brouillard de la com'.

Jospin, c’est finalement peut-être l’un des derniers exemplaires d'une espèce en voie de disparition : le sérieux, rien que le sérieux. On regretterait presque d’avoir rangé le prof de gestion au rayon des antiquités, juste à côté des machines à écrire et des principes moraux, pendant que les nouveaux héritiers s'accrochent aux rideaux en prétendant qu'ils ont gagné même quand ce n’est pas le cas.

On regretterait presque.

L’hommage de Laurent Joffrin à Lionel Jospin est à retrouver sur LibreJournal.

3 infos aussi importantes que la fin de Téléfoot à savoir cette semaine

1. La guerre en Iran s’invite dans votre porte-monnaie

L’Insee confirme ce que l’on pressentait : la guerre en Iran n'est plus une image au JT mais une saignée sur votre compte en banque. Avec un baril à 100 dollars, l’inflation bondira à 2 % d'ici juin. Tout ce qui permet de se chauffer, de rouler ou de s'alimenter sommairement coûtera donc plus cher, pendant que la croissance affiche l’électrocardiogramme plat d’un patient en fin de vie. Bonus pour l'État : les taux de la dette grimpent à 3,81 %, un record depuis quinze ans. On appelle ça la stagflation : un monde où les prix s'envolent alors que l’organisme économique stagne. La Banque de France hésite désormais sur la manière la plus efficace de nous achever : monter les taux pour tuer les prix ou les baisser pour achever la monnaie. En clair, choisir, c'est simplement préférer une gangrène à une autre.

L’analyse plus fournie (et peut-être bien plus sérieuse), est à retrouver sur Economix.

2. Que personne ne budge

C’est un séisme administratif rare : Aurélie Bretonneau, la secrétaire générale du Conseil constitutionnel, a quitté ses fonctions après seulement un an. Richard Ferrand, le président de l’institution, a officiellement demandé au chef de l’État de mettre fin à sa mission pour “divergences de vues”. En coulisses, ce départ brutal porte sur un scénario précis : le budget adopté par ordonnance (via l’article 47.3). Dans les fait, si le Parlement tarde à voter, le Gouvernement peut passer en force. La question est alors de savoir qui doit juger la légalité de ce budget. Aurélie Bretonneau plaidait pour que cette compétence revienne au Conseil d’État. À l’inverse, Richard Ferrand et plusieurs membres du Conseil constitutionnel entendaient garder la main sur ce levier politique majeur. Résultat, Ferrand a sifflé la fin du tour de manège. Après tout, on ne demande pas à un secrétaire général d'avoir des principes, on lui demande de lubrifier le passage en force.

Pour en savoir plus, lisez Hexagone.

3. Terminator arrive en Ukraine

Le front ukrainien vient de passer en mode science-fiction : depuis février, deux humanoïdes « Phantom MK-1 » font leurs premières classes dans la boue du Donbass. Du haut de leur 1,75 m, ces tas de ferraille américains ne sont pas là pour faire de la figuration en usine, mais pour remplacer les troufions en chair et en os. Pour l’instant, ils se contentent de jouer les espions en transmettant des images via casque de réalité virtuelle, mais l'objectif est clair : leur apprendre à dessouder n'importe quoi avec n'importe quelle arme. Derrière cette "impulsion morale" de sauver des vies humaines, se cache une logique industrielle implacable : produire 30 000 robots par an pour 20 000 dollars pièce. C’est l’obsession du nouveau ministre de la Défense ukrainien : plus de silicium, moins de sacs à viande. Mais le cocktail IA et champ de bataille donne des sueurs froides aux juristes. En cas de bavure, qui finit au tribunal ? Le codeur, le pilote à distance ou la batterie ? Pendant que l'Occident chipote sur l'éthique, la Chine peaufine déjà ses propres modèles capables de faire feu sans trembler. Mais qui aurait pu prédire ?

Le décryptage de la situation est sur Hugo Décrypte.

McDonald’s France : Venez comme vous êtes

Et si votre prochain employeur était aussi l'un des plus engagés de France ?
En partenariat avec McDonald’s France

On a tendance à résumer McDonald's France à ses menus. Pourtant, c’est l'un des employeurs les plus engagés de France, grâce à une philosophie qui ne date pas d'hier : «Venez comme vous êtes. »et plus de 75 000 collaborateurs* qui la soutiennent au quotidien.

Chez McDonald’s France, l'engagement s’illustre au cœur des restaurants : McDonald’s, c’est 53% de femmes dans le personnel encadrant. 76% des salariés ont moins de 29 ans, faisant de l'enseigne l'un des plus grands recruteurs de jeunes en France.

Ce que peu de gens savent : 96% des contrats sont des CDI, 82% des managers et directeurs ont évolué depuis un poste d’équipier, grâce à une politique de formation interne personnalisée et accessible à tous.

Alors, si vous cherchez un employeur qui mise sur la motivation plutôt que sur le CV, sur le potentiel plutôt que sur les diplômes, la suite est par ici !

🔗 Découvrez les opportunités qui vous correspondent et rejoignez l'aventure chez McDonald's France

*Chiffres tirés du rapport d’impact McDonald’s France 2024

Sinon, il y a un problème avec Loana

On le sentait venir et c’est malheureusement arrivé. Loana est décédée. Elle était l'icône parfaite : une célébrité jetable, conçue pour l'audimat mais oubliée dans l'arrière-boutique de la gloire pour la ressortir de temps en temps, au gré des aventures. À la place du conte de fées promis, Loana a fini par s'éteindre dans le reflet bleuté des plateaux télé, là où l'on recycle les solitudes avant qu'elles ne deviennent trop encombrantes.

Qu’on arrête de se mentir : son naufrage était devenu une fascination poisseuse, la même qu’on réserve aux carambolages sur l’A13 : on ralentit, on frissonne et on se sent secrètement soulagé d’avoir encore sa ceinture de sécurité. Loana était devenue notre doudou antiphobique, l’épouvantail ultime qui rassure le bourgeois dans son canapé : “Regarde chérie, si on ne trie pas nos déchets, qu’on ne va pas au bureau, on finit en 16/9ème avec des dents en moins chez Hanouna.”

Mais comme on a encore un reste de morale entre deux coupettes, le spectateur se drape dans le syndrome bourgeois du sauveur comme on enfile un loden trop grand pour soi. On rêve de milices salvatrices depuis la tiédeur d'un appartement, mais la réalité se moque des épopées.

Sauver Loana ? De quoi ? De la télé ? Des hommes ? D’elle-même ? Le sauvetage est un luxe de salon. Dans la géographie du malheur, il n'y a pas de prince, pas de robe propre, pas de rédemption par le travail de bureau. Il n'y a que l'usure du matériau, la chimie des pilules et le silence qui tombe quand le rideau devient trop lourd.

Une fois que l’empathie de façade s'est évaporée, il ne reste que la dure loi du marché de la chair abîmée.

La société de consommation dévore ses icônes avec la régularité mécanique d’une mise à jour logicielle qui rendrait votre smartphone obsolète en une nuit. Et comme pour tout produit défectueux, on laisse la carcasse sur le bas-côté de l’autoroute, une sorte de signalétique routière pour rappeler aux passants que la vitesse finit toujours par broyer la tôle.

Ce qu’il faut retenir de tout ça ? Pas grand-chose, au fond, sinon l’amertume d’un service après-vente qui ne répond plus et l'image d'une fille qui a cru que la lumière des projecteurs était une source de chaleur, alors que c’est juste de l'électricité facturée au prix fort et que le programme suivant a déjà commencé.

La chronique de Daria Marx est à retrouver dans Gros Plan.

Du coup, ressentez-vous de l’alexithymie ?

À l’heure où l’eau désalinisée pourrait aussi devenir un des enjeux de la guerre au Moyen-Orient, vous hésitez entre l’espérance du printemps et la crainte que tout cela parte en sucette ? C’est bien normal, car nous sommes souvent traversés d’émotions contraires. L’important, c’est de pouvoir les exprimer et les nommer. L’incapacité à le faire peut devenir un trouble psychologique : les personnes alexithymiques ont du mal à mettre des mots sur ce qu’elles ressentent, à faire la différence entre une émotion et une sensation physique (par exemple, en confondant la colère et une douleur d’estomac).

Cette alexithymie crée une tendance à minimiser l’importance des émotions, en se focalisant à l’excès sur les détails concrets ou les aspects pratiques de la vie. Dans Les Passions de l’âme, Descartes avait identifié plus de 70 émotions différentes et montrait déjà que pouvoir les nommer constitue le premier pas pour comprendre ce que l’on ressent et vivre mieux (à écouter ici en 3 min). Merci René. C’était en 1649, bien avant les coachs de vie du XXIe siècle.”

Pour apprendre plein de nouveaux mots et l’origine de ces derniers, lisez AZERTY d’Anne Debrienne.

La reco de la semaine : acheter un “crêpe-bot”

On nous avait promis que l’IA se taperait la paperasse pendant qu’on garderait le feu et la matière. Raté. Les frères Maus ont pondu un “crêpe-bot” pour prouver que même le billig n'est plus une zone protégée.

L'automate suisse plie l'affaire en 90 secondes : une chocolat-banane parfaite, plus rapide que n'importe quel pauvre diable en tablier. C’est le coup de grâce si l’IA s'’attaque enfin à la seule chose qui nous restait : la dalle.

À cette vitesse, on va finir par bouffer du code.

Toute l’actu de la tech, c’est sur Tech Trash.


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