🔗 Pétrole, Santé GPT et Brigitte

Cette semaine, on vous raconte comment le droit international a été remplacé par les muscles et les missiles, que vous pourrez (ou pas) vous faire soigner grâce à ChatGPT et que des pirates en tongs (mais avec des machettes) font perdre de l'argent à la Chine. Lisez jusqu’à la fin pour parler beauté et extrême droite. À dans cinq minutes ! 👀

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7 min ⋅ 16/01/2026

Quand on veut, on peut

via Les voies

En bombardant Caracas, en enlevant Maduro (qui est quand même un chef d’Etat) façon polar de série B et en annonçant tranquillement qu’il ira ensuite voir du côté de Cuba, de la Colombie et bien sûr du Groenland, Donald Trump envoie un message limpide : le droit international est devenu facultatif et comme le dit Booba, la puissance ne respecte que la puissance.

Et derrière le chaos, une ligne de fond inquiétante : on ne gouverne plus un pays, on montre l’étendue de sa domination. La doctrine Monroe est revenue version 3000, renommée au passage “doctrine Donroe” (subtil) et ne dit plus seulement “l’Amérique d’abord” mais “Le monde appartient à ceux qui ont les plus grosses maracasses bras”.

Et puis, ce n’est pas seulement l’Amérique qui s’autorise tout, c’est l’ouverture d’une ère du précédent décomplexé. Si les États-Unis peuvent kidnapper un chef d’État en direct, pourquoi Poutine n’étendrait pas un peu plus la Russie ? Pourquoi Pékin hésiterait encore sur Taïwan ? L’ordre mondial ne repose plus que sur des équilibres de puissance, chacun armé jusqu’aux dents et drapé dans sa propre folie des grandeurs.

Face à ça, rassurons-nous, l’ONU s’étouffe, Macron s’indigne et l’Europe continue d’invoquer les principes comme on récite une prière dans une église vide, convaincue que la tempérance est une stratégie, et découvre un peu tard que la vertu sans puissance reste malheureusement une posture inaudible dans un monde qui fonctionne aux décibels. De plus, à force de répondre mollement, elle risque surtout de ne plus compter ni pour l’une ni pour l’autre.

Les narrations morales à base de droits humains ou d’équilibres collectifs ont laissé place à la verticalité assumée et brutale et au storytelling martial. Et ceux qui tiennent encore à la loi découvrent qu’il faut désormais l’adosser à une puissance qui n’est pas seulement militaire, mais stratégique, industrielle, narrative.

Alors non, 2026 ne sera peut-être pas l’année de la guerre totale (on va quand même toucher pas mal de bois parce qu’on sait jamais) mais c’est clairement celle où le monde admet, sans trop se cacher, que la règle fondamentale est redevenue la plus ancienne : quand on veut, et surtout quand on peut, on ne se gêne plus.

Retrouvez l’analyse fine de l’année 2026 à venir (garantie sans boule de cristal) dans la dernière édition de la newsletter “Les Voies”.

3 choses qui ne ramèneront pas Balavoine à savoir cette semaine

1. Le réarmement démographique n’a pas (encore ?) eu lieu

On en est même très loin puisqu’en 2025, la France a compté plus de morts que de naissances. Une première depuis la Seconde Guerre mondiale. 651 000 décès contre 645 000 bébés, soit un solde naturel négatif évalué à 6 000. En cause : une fécondité qui a pris sa retraite avant l’heure (1,56 enfant par femme), pendant que la longévité galope, 85,9 ans pour les femmes, 80,3 pour les hommes, soit une population qui vieillit sans se renouveler. Heureusement, l’immigration compense un peu l’hiver démographique avec +176 000 personnes venues d’ailleurs, ce qui devrait bientôt permettre à l’extrême droite de faire campagne avec des chiffres tout frais et de trouver un nouveau prétexte pour expliquer la météo. Mais derrière le vernis statistique, c’est un pays qui tire doucement sa révérence sur le plan démographique. L’Europe vieillit, la France suit, et le landau devient objet vintage. Reste à savoir qui paiera les retraites, qui s’occupera des vieux et qui remplacera Giroud. Mais ça, c’est pour les prochaines générations. Si elle décide de venir.

Les chiffres et des lettres façon économie, c’est sur Economix de Laurent Cosmos que ça se passe.

2. Youpi (non), la santé façon GPT arrive

En janvier, OpenAI et Anthropic ont décidé de jouer les toubibs 3.0 : ChatGPT Health et Claude for Healthcare promettent de réunir vos données de santé (ordonnances, applis, examens) pour mieux vous accompagner. Pas de diagnostic, hein, juste “un soutien”, avec des fonctions comme analyser vos bilans ou résumer votre historique. Traduction : poser un diagnostic, mais en chuchotant. Bien entendu, les promesses de sécurité pleuvent : chiffrement béton, cloisonnement, “minimisation des données”… Pendant ce temps, l’Europe lit toujours la notice, bloquée entre RGPD, AI Act et droit à l’oubli. En clair, pas sûr que ça arrive tout de suite. De plus, dans la même semaine, Google coupait dans l’urgence les réponses santé de son IA, après qu’elle s’est prise les pieds dans le foie. Apparemment, connaître vos taux de transaminases ne suffit pas pour devenir médecin. Etonnant, non ? Non.

La tech version hallu, c’est sur Halluworld que ça se passe (et rien ne nous étonne)

3. De la viande contre des voitures

Après vingt-cinq ans de palabres, l’UE s’apprête à parapher avec le Mercosur un accord “viande contre voitures” qui réjouit les industriels allemands mais fait tousser les éleveurs français. Au menu : disparition progressive de plus de 90 % des droits de douane, jackpot pour les machines, bagnoles et pharma européennes et arrivée massive de bœuf et soja sud-américains à prix cassés. Paris a voté contre, rejoint par quelques pays inquiets de voir leurs agriculteurs se faire marcher dessus au nom de la compétitivité, pendant que les blocages d’autoroutes fleurissent façon ronds-points 2.0. En réponse, Bruxelles dégaine des freins d’urgence avec des “clauses miroirs” (s’il n’y a pas de clause, c’est pas vraiment européen hein) et une task force de contrôleurs sanitaires censés vérifier que la concurrence sera loyale, durable et tout ce qu’on veut. Comme toujours, l’accord est vendu comme gagnant-gagnant. On découvrira plus tard pour qui.

L’actualité des décideurs économiques est racontée toutes les semaines sur Hexagone et cette semaine n’échappe pas à la règle.

La piraterie n’est jamais finie (surtout si ça concerne du pétrole)

via Footnotes

Au bout de la mondialisation, il y a un détroit étroit, des tankers obèses et une poignée de types en barques pourries avec des machettes qui emmerde son monde (et surtout la Chine maintenant).

Le lieux : le détroit de Malacca.

Pour vous donner une idée, c’est 250 navires par jour, un tiers du pétrole échangé dans le monde, 20 % de la valeur du trafic maritime global, deux tiers du commerce maritime chinois et 80 % de ses importations de pétrole qui passent dans un couloir de trois kilomètres de large, déjà saturé. La piraterie y a beau être souvent “opportuniste et non agressive”, elle sert surtout de décor à un bras de fer beaucoup plus sérieux : celui du contrôle d’un goulot d’étranglement sans lequel l’Asie de l’Est tourne à vide.

Les États-Unis s’en sont longtemps servis comme prétexte sécuritaire (pourtant pas le genre de la maison) : lutte contre les “pirates-terroristes”, présence navale, influence sur les routes et surtout levier invisible via l’assurance maritime mondiale, dominée par des institutions… à Londres. Bref, qualifier Malacca de “zone à risques”, c’est faire exploser les primes et rappeler à tout le monde qui tient le stylo des contrats (c’est souvent les Américains). Mais là, coup de théâtre, Washington vient de se retirer officiellement de la lutte anti-piraterie locale, pendant que la Chine, elle, renforce son emprise via des coopérations régionales, des corridors pétroliers improbables au Pakistan, un conflit entretenu au Myanmar et un pont terrestre thaï censé être opérationnel en 2030.

En attendant, selon une étude universitaire chinoise, une perturbation insidieuse des flux pétroliers coûterait des milliards à son économie. Opportuniste, non agressive et sacrément couteuse donc la piraterie.

Le “dilemme de Malacca” théorisé par Hu Jintao reste entier : qui contrôle ce goulot contrôle les artères énergétiques chinoises. En attendant que les alternatives prennent forme, les derniers pirates du monde continuent de rôder dans ce canyon maritime pour nous rappeler que même au siècle des drones et des sanctions financières, quelques gars en tongs peuvent encore hanter les cauchemars logistiques d’une superpuissance parce qu’après tout, quand on veut, on peut.

Basile Candelon et Thomas Veldkamp racontent merveilleusement bien comment le pétrole navigue dans cette zone à risque et c’est passionnant donc, allez-y gaiement.

Et sinon, y a le tennis qui reprend

La saison de tennis reprend dimanche avec l’Open d’Australie. L’occasion parfaite pour faire semblant d’avoir tout suivi… ou pour vraiment s’y remettre. Heureusement, on a une pépite chez nous : “Service à la cuillère”, parfait pour reprendre le fil là où il s’est sérieusement emmêlé. On y reparle de cette NextGen annoncée comme révolutionnaire et aujourd’hui fatiguée avant l’heure, de joueurs comme Zverev, Medvedev ou Tsitsipas qui tournent en rond, de Holger Rune à l’arrêt forcé, coincé entre ambitions démesurées et corps qui lâche. On revient aussi sur ce que la saison a produit de plus inattendu : l’épopée presque irréelle de Valentin Vacherot, les challengers devenus terrain d’aventures bien plus crédibles que certains ATP, les trajectoires improbables, les joueurs qu’on a découverts trop tard. Et puis il y a ceux qui sont partis, discrètement ou non : Gasquet, Schwartzman, Halep, Mahut… Autant de fins de parcours qui disent quelque chose de l’état du circuit. Une lecture garantie sans Sinner ou Alcaraz (ça serait trop facile) pour remettre de l’ordre, se rafraîchir la mémoire et arriver à Melbourne sans jetlag.

Pour tout savoir sur le tennis : votre nouvelle bible, “Service à la cuillère” est ici


La recommandation qu’on vous recommande : faire PAUSE

Derrière les visages ultra-exposés, il y a rarement une success story linéaire : hésitations, renoncements, coups de bol, plantages bien réels. PAUSE met justement le projecteur sur cette partie-là du récit. Chaque semaine, une personnalité accepte de raconter son parcours sans storytelling corporate : ce qui a vraiment fait basculer sa vie, ce qui a été difficile, ce qui ne rentre pas dans une bio de conférence.

La newsletter prolonge le podcast : moments forts, phrases qui restent, coulisses des épisodes et, en bonus, une idée concrète pour souffler un peu, un lieu, un rituel, une parenthèse pour sortir du mode automatique.

En clair : si l’époque donne des injonctions à “réussir vite”, PAUSE propose exactement l’inverse, prendre le temps de comprendre comment les choses se construisent vraiment. Et on ne fait rarement d’omelette sans casser des oeufs.

De Thaïs d'Escufon à Brigitte Bardot : le physique des femmes d'extrême-droite

Cet extrait est issu d’un article de la newsletter Perdre PiedS par Valérie Rey-Robert.

“Il y a un rapport profondément bancal, et rarement interrogé, dans la manière dont une partie de la gauche parle des femmes d’extrême droite. Un rapport qui passe moins par l’analyse politique que par le corps. Et ce corps devient un raccourci moral, dont la signification change selon l’âge, la désirabilité et la race.

Quand une femme d’extrême droite est jeune et perçue comme jolie, sa dangerosité politique est souvent minimisée. Elle est lissée, traitée comme une figure médiatique un peu frivole, une influenceuse plus qu’une actrice idéologique. Thaïs d’Escufon en est un exemple frappant. Longtemps porte-parole de Génération identitaire, organisation dissoute en 2021 pour incitation à la haine et à la violence, elle est bien davantage commentée pour son image, ses vidéos, son style et son ton que pour le rôle central qu’elle jouait dans la diffusion d’une idéologie raciste et fasciste structurée. Cette focalisation sur son apparence a produit une forme de relativisation implicite: comme si l’esthétique rendait le projet politique moins sérieux, moins dangereux, presque anecdotique. Le fait qu’elle soit blanche, blonde, mince et jolie neutralise ses propos. Elle est perçue comme un peu sotte, un peu niaise, comme beaucoup moins dangereuse qu’elle n’est.

Ce phénomène est aujourd’hui bien documenté. Dans The Women of the Far Right, la politiste Eviane Leidig montre comment des femmes d’extrême droite, souvent jeunes, blanches et conformes aux normes de “présentabilité”, jouent un rôle central dans la diffusion et la normalisation d’idéologies radicales via les réseaux sociaux. Leur esthétique n’est pas périphérique au projet politique: elle en est un vecteur stratégique. Dans la même logique,M. L. Zahayanalyse les vlogs féminins de l’alt-right comme une véritable politique esthétique, où les codes de la féminité, du lifestyle et du quotidien servent de packaging idéologique. Le style, l’intime, le “naturel” deviennent des dispositifs de dépolitisation apparente qui permettent aux idées les plus radicales de circuler sans rencontrer de résistance immédiate.

Ce mécanisme n’est pas accidentel. Les recherches en psychologie sociale sur l’effet de halo montrent que la beauté tend à produire une présomption de respectabilité, de modération et de compétence. En psychologie politique, les travaux d’Alexander Todorov ont établi que des jugements extrêmement rapides fondés sur le visage influencent l’évaluation politique, parfois plus que les idées elles-mêmes, y compris dans le cadre électoral. D’autres recherches montrent que cette influence de l’apparence persiste même lorsque l’on dispose d’informations substantielles sur les positions ou le programme d’une personne. Autrement dit, le corps ne disparaît pas quand le contenu est là : il le parasite. Il agit comme un filtre cognitif qui brouille la lecture du projet idéologique, au bénéfice de stratégies de dédiabolisation parfaitement assumées.

À l’autre extrémité du spectre, lorsque ces femmes vieillissent, le raccourci ne disparaît pas. Il se renverse. On tente alors de se convaincre qu’elles sont devenues “moches” parce qu’elles sont racistes ou homophobes. La vieillesse devient une sanction morale. La mort récente de Brigitte Bardot a rendu ce mécanisme particulièrement visible. Beaucoup de commentaires à gauche ont moqué son visage vieillissant, comme si celui-ci venait confirmer, a posteriori, ses positions politiques. Comme s’il était la punition pour son racisme, son homophobie ou son sexisme.

Les prises de position de Bardot en faveur de l’extrême droite, ses déclarations racistes et islamophobes répétées, ses condamnations judiciaires pour incitation à la haine raciale constituent un corpus politique clair, qui mérite d’être analysé pour ce qu’il est. Le problème n’est pas de la critiquer. Le problème est de faire comme si son visage ridé ou son corps âgé étaient la preuve ultime de sa faillite morale. Comme si l’âge était une punition politique, et la “laideur” une forme de justice immanente.”

La suite est à retrouver ICI (et pas ailleurs)


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