Patrick Sebastien va-t-il faire tourner la démocratie ?
via Raphaël LLorca
On aurait pu en rire. On aurait dĂ», dâailleurs. Sauf que voilĂ : celui quâon nâattendait (heureusement) pas, Patrick SĂ©bastien, imprime ses mails, empile ses classeurs, se dit âcoach contre les peursâ et vise, sans le dire, le trĂŽne rĂ©publicain. Evidemment, dit comme ça, on pourrait penser lâacte dĂ©risoire mais ce serait mal analyser le petit bonhomme (en mousse) de chemin quâest en train de rĂ©aliser lâancien roi du cabaret.
Avec son mouvement âĂa suffitâ, lâancien amuseur du samedi soir bricole un truc hybride, entre programme de dĂ©mocratie participative rĂ©digĂ© en Comic Sans et stratĂ©gie de captation des affects. En façade : la voix du âpeupleâ contre les âĂ©litesâ. En coulisse : un subtil glissement de la figure du bouffon vers celle du prophĂšte populiste.
Et niveau ingrĂ©dient, tout y est : la nostalgie bon enfant qui sent bon la naphtaline, la sacralisation de la parole brute parce que âbruteâ, le recyclage de la gauloiserie comme arme politique et ce quâon pourrait appeler un ârĂ©alisme populisteâ oĂč ce qui est dit âdâen basâ devient parole dâĂvangile, mĂȘme quand ça flirte avec les dingueries complotistes. Le tout emballĂ© dans une mise en scĂšne artisanale, Ă grands coups de photocopies, de chansons paillardes et de punchlines en sabots qui sentent bon la saucisse tiĂšde.
SĂ©bastien ne veut pas le pouvoir, jurĂ©-crachĂ©. Il veut juste âfaire passer des messagesâ. Comprendre : influencer, cadrer, simplifier le rĂ©el jusquâĂ ce quâil tienne dans un refrain. Il se rĂȘve porte-voix dâune France invisible. Il fabrique surtout une France monolithique, unanime, qui pense en bloc, chante Ă lâunisson et considĂšre la nuance comme une trahison dâintello.
DerriĂšre les serviettes qui tournent, il y a une vision du monde trĂšs sĂ©rieuse qui avance en claquettes. La vraie question nâest donc pas de savoir sâil sera candidat. La vraie question, câest de savoir si, pendant quâon riait jaune, on nâa pas laissĂ© sâinstaller un tĂ©lĂ©vangĂ©liste du ressentiment. Et si, pour une fois, la blague nâĂ©tait pas en train de nous passer au-dessus de la tĂȘte. Ă tort.
Câest le constat trĂšs lucide et documentĂ© que pose RaphaĂ«l LLorca dans sa newsletter âLire les barbaresâ que nous vous recommandons de lire avec le plus grand sĂ©rieux.
3 choses qui laissent entrevoir une bonne année 2026 à savoir cette semaine
1. Trump veut libĂ©rer lâAmĂ©rique du Sud (Ă coup de missiles) et racheter le GroĂ«nland
Les semaines made in South Park sâenchaĂźne. Le Venezuela attaquĂ©, Maduro kidnappĂ©, 100 morts au compteur et Trump qui enchaĂźne son all in : Cuba va âsâĂ©crouler toute seuleâ, la Colombie est dirigĂ©e par âun tarĂ© accro Ă la cokeâ et le Mexique ferait bien dâouvrir la porte Ă lâarmĂ©e US. Dans la foulĂ©e, il remet une piĂšce dans la machine Ă rĂȘves en rĂ©clamant le Groenland pour des raisons de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, comme Ă lâĂ©poque oĂč il voulait se faire un Monopoly grandeur nature. DerriĂšre le barnum, un vieux rĂȘve amĂ©ricain ressurgit : remettre la main sur lâhĂ©misphĂšre ouest, Ă la sauce doctrine Monroe 2.0, pardon, âDonroeâ dans la version Trump, oĂč lâAmĂ©rique latine est une extension naturelle du jardin de la Maison-Blanche.
Ce qui est en jeu : le pĂ©trole vĂ©nĂ©zuĂ©lien (mais non ?), la pression migratoire, lâobsession sĂ©curitaire, et une envie de montrer les muscles face Ă une ONU impuissante. En gros, Trump ressort les codes dâun impĂ©rialisme Ă lâancienne, version tongs et serviettes, qui pourrait bien reconfigurer toute la rĂ©gion. Parce que non, ce nâest pas juste un coup de comâ de plus, câest une logique, brutale et qui avance
Pour plus de dĂ©cryptages qui dĂ©cryptent, lisez la quotidienne dâHugoDĂ©crypte
2. Meta rachÚte une pépite chinoise, ni vu, ni vu
Le champagne Ă peine dĂ©bouchĂ©, Meta sâest offert un joli cadeau de fin dâannĂ©e : Manus AI, une startup chinoise qui construit des sites web toute seule comme une grande, sans humain ni cafĂ©. CoĂ»t de lâopĂ©ration : entre 2 et 3 milliards de dollars. Mais attention, pas question de garder le made in China sous le capot. PremiĂšre dĂ©cision de Zuckerberg : couper tous les ponts avec les investisseurs chinois, et vite. Pourquoi cette propretĂ© soudaine ? Parce quâĂ Washington, on appelle ça du âSingapour washingâ : des boĂźtes chinoises qui posent leurs valises Ă Singapour pour attirer les dollars amĂ©ricains, tout en gardant un petit pied Ă PĂ©kin. TikTok lâa fait. Tabcut aussi. Et Manus ? Pareil. Sauf que cette fois, Meta a claquĂ© la porte derriĂšre eux et tirĂ© les rideaux. RĂ©sultat : plus une trace de Tencent dans les comptes, plus une ligne de code suspecte. DerriĂšre le deal, un message limpide : dans la guerre techno sino-amĂ©ricaine, lâheure nâest plus Ă la nuance. Câest lâĂ©poque du âclean cutâ : tu veux bosser avec les AmĂ©ricains, tu renies tes racines, point. CĂŽtĂ© chinois, on fait mine de ne pas trop sâĂ©nerver, mais en coulisses, on parle dĂ©jĂ de riposte. On imagine mal PĂ©kin rester les bras croisĂ©s pendant que la Silicon Valley siphonne ses cerveaux Ă coups de milliards. Bienvenue dans lâĂšre de la nationalisation privĂ©e des talents : tu vaux cher, on tâachĂšte, on te nettoie, et tu deviens patriote, sous conditions bien sĂ»r.
La tech version hallu, câest sur Halluworld que ça se passe (et rien ne nous Ă©tonne)
3. Shein is back !
Suspendue fin 2025 pour avoir laissĂ© passer un best of de lâillĂ©gal (drogues, armes de catĂ©gorie A et, pire, poupĂ©es pĂ©dopornographiques) la plateforme Shein revient en France avec un grand sourire et quelques âbonnes rĂ©solutionsâ. Les vendeurs tiers Ă lâorigine de ces horreurs ? De nouveau en ligne depuis le 7 janvier, cette fois pour vendre des bougies, des rideaux et des perceuses. Tout va bien. Shein promet avoir fait son audit, changĂ© ses filtres, nettoyĂ© ses listings. Le tout encadrĂ© par une âapproche graduelle et responsableâ, selon leur communiquĂ©. DĂ©tail emmerdant : les produits interdits pourraient revenir en douce, changĂ©s de nom, de visuel, dâĂ©tiquette, pendant que les acheteurs les plus motivĂ©s passeront par un VPN pour accĂ©der Ă la boutique depuis lâĂ©tranger. Oups.
Cerise sur le ghetto, pendant que la DGCCRF sâoccupe de faire le mĂ©nage, on apprend que 60 Millions de consommateurs, le magazine qui avait levĂ© le liĂšvre des poupĂ©es, est menacĂ© de disparition pour cause de coupe budgĂ©taire. RĂ©sumons : Shein revient, les poupĂ©es peuvent ressurgir, les prĂ©dateurs contournent la loi et ceux qui ont donnĂ© lâalerte risquent la fermeture. Bonne annĂ©e !
Lâanalyse de la semaine : les fameux âtontons racistesâ
via Rose Lamy
Chaque NoĂ«l, il revient comme les papillotes : le tonton raciste. Cette annĂ©e, il nâa pas manquĂ© Ă lâappel. Star des repas de famille, figure comique des rĂ©seaux, idole inversĂ©e des progressistes de salon. On le dĂ©monte Ă coups de rĂ©pliques bien affĂ»tĂ©es entre le foie gras et la bĂ»che, et on se fĂ©licite dâavoir âtenu tĂȘte au racismeâ comme on cocherait une case sur Doctolib.
Mais ce tonton, câest un leurre. Une parade commode. En faire le visage du racisme contemporain, câest transformer une question structurelle en sketch familial. Câest croire que le mal se loge dans un individu un peu bourrĂ©, pas dans un systĂšme qui avantage certains, en pĂ©nalise dâautres, et surtout : nous traverse tous.
Car dans le fond, le tonton nâest quâun paratonnerre. Il concentre toutes les hontes pour quâon puisse sâen dĂ©douaner. Il est celui quâon montre du doigt pour Ă©viter de se le pointer Ă soi. Câest la version domestique du âbouc Ă©missaireâ pascalien : celui quâon sacrifie symboliquement pour sauver le reste du groupe, sans se salir.
Et pendant quâon rigole de ses vannes de comptoir, on oublie commodĂ©ment le frĂšre qui trie les CV, la cousine qui ânâa rien contre maisâ, et nous-mĂȘmes, qui profitons sans bruit des bonnes places dans le bon quartier. Le tonton nous rassure : grĂące Ă lui, on peut ĂȘtre du bon cĂŽtĂ© de lâhistoire⊠sans avoir Ă changer quoi que ce soit.
Le problĂšme, câest quâĂ force de le dĂ©signer, on oublie que le racisme nâest pas quâun dĂ©rapage de fin de repas : câest une mĂ©canique sociale, discrĂšte, efficace, et parfois trĂšs polie. Alors pour 2026, on peut peut-ĂȘtre arrĂȘter de faire du tonton un totem. Et commencer, vraiment, Ă se regarder dans la glace.
Et si rester soi-mĂȘme en toute circonstance Ă©tait un mauvais conseil ?
Extrait de la newsletter âPunchlineâ de Felix et Jean
âOn a tous une image de nous-mĂȘmes. Une forme de cartographie de qui on est, de nos valeurs, de nos forces, de nos faiblesses. Une sorte⊠permettez-nous la mĂ©taphore business⊠de SWOT identitaire.
Quand on cherche Ă amĂ©liorer sa performance, Ă progresser, souvent ce SWOT Ă©volue. On dĂ©veloppe des forces, on travaille sur nos faiblesses, on se dĂ©couvre de nouvelles opportunitĂ©s dâĂ©volution, on anticipe les menaces.
Mais parfois, mĂȘme ce travail-lĂ se heurte Ă un mur. Câest une sensation trĂšs dĂ©sagrĂ©able. Quand on a lâimpression de bien se connaĂźtre mais que quelque chose persiste Ă nous Ă©chapper. Quand on sent bien quâil y a quelque chose Ă changer⊠mais quâon nâarrive pas Ă le changer. Voire, quâon nâa pas envie de le changer.
Eh bien vous voyez, câest un peu comme quand on cherche ses lunettes dans toutes les piĂšces de la maison avant de rĂ©aliser quâon les a sur le nez. Car, gĂ©nĂ©ralement, ce qui vous bloque est lĂ , non pas sur votre nez, mais sous votre nez.
Et câest lĂ quâon en revient Ă nos petites phrases :
âMoi je suis une tanche en administratifâ
âLe management, câest pas mon trucâ (dĂ©dicace Ă 99% des CTO de la planĂšte)
âJe suis plutĂŽt dans lâintuition : le process, câest pas pour moiâ
âJâarrive pas Ă me concentrer plus de 5 minutes de toute façonâ
âJe suis trop sensible pour dirigerâ
âLes chiffres jâai jamais suâ
âJâai pas fait dâĂ©tudes, jâai pas les codesâ
âJe vise la perfection sinon ça nâa pas de valeurâ
Si vous vous intĂ©ressez un peu au dev perso, lĂ vous avez sĂ»rement pensĂ© âah bah ouais, vous parlez des croyances limitantesâ, ces convictions quâon tient pour vraies et qui nous freinent dans notre progression.
Alors il y a une chose quâil faut quâon prĂ©cise, pardonnez-nous notre franchise : ces croyances ne sont pas forcĂ©ment fausses Ă un temps T. On nâest personne pour vous dire que non, vous nâĂȘtes pas nul en maths, en administratif, en process, ou en management. Car ce nâest pas le sujet.
Nous, ces petites phrases, on les appelle plutĂŽt des sentences identitaires. Parce que le truc, avec ces perceptions, câest quâelles ne sont pas des constats : ce sont des dĂ©cisions. Sous couvert de nous dĂ©finir et dâaffirmer notre identité⊠elles la figent. Elles disent âje suis comme çaâ mais surtout âje ne changerai pasâ. Elles nous rassurent car elles servent de repĂšre : câest reposant, de savoir qui on est. Mais parce quâon sây accroche, elles nous empĂȘchent dâĂ©voluer. Pour en revenir Ă notre SWOT (...maintenant quâon a commencĂ©, il faut bien continuer), câest comme de dĂ©crĂ©ter que notre case âfaiblessesâ est gravĂ©e dans le marbre. Pour toujours. Quelles quâen soient les consĂ©quences. Quelles que soient les menaces qui surviennent. Quel que soit lâeffet sur nous.â
Pour tout comprendre : lisez le reste de lâarticle sur PUNCHLINE
La recommandation quâil vous fallait : lire votre horoscope pour savoir Ă quelle sauce bĂ©arnaise vous allez ĂȘtre mangĂ©s
Câest pas de lâastrologie, câest de la luciditĂ© dĂ©guisĂ©e Ă©crite par SĂ©verine Bavon. Cette annĂ©e encore, les planĂštes nâont pas prĂ©vu de vous lĂącher la grappe (et puis quoi encoreâŠ) : entre formations non certifiantes, objets connectĂ©s inutiles et crises existentielles provoquĂ©es par la SNCF, il valait mieux prĂ©venir que survivre.
CDLT a donc lu les astres (et les non-dits du quotidien) pour vous pondre un horoscope un peu trop prĂ©cis, lĂ©gĂšrement vachard, mais finalement plus utile quâune sĂ©ance de coaching Ă 140âŹ/h.
đ Spoiler : les Scorpions vont shiner comme never, les GĂ©meaux vont encore faire 12 trucs en mĂȘme temps et les Cancer en ont ras-le-bol de dire âĂ dispoâ.
Ă hypervite dans HyperTextes.
