Cette semaine, on vous raconte comment Trump a fait du Trump mais s'est, cette fois-ci, fait refroidir, que la Chine commence à s'inquiéter et que vous avez certainement entendu (ou prononcé) une phrase magique et bienveillante qui ne l'est absolument pas. Lisez jusqu’à la fin pour parler bodycount zero et nouvel amour. À dans cinq minutes ! 👀
via Laurent Joffrin
La tuile. Plus rien ne devait nous surprendre et pourtant…
En ce début d’année placée sous le signe de la nitroglycérine, Davos s’est mué en un G7 produit par Netflix où chacun devait jouer son rôle. Ce qui ne s’est pas passé comme prévu.
La tête d’affiche, Trump, était évidemment fidèle à elle-même, conquérante, agressive et méprisante contre ce qui lui résiste, en venant expliquer qu’on peut bombarder Caracas, menacer le Groenland et insulter la moitié du globe au nom de la “grandeur” américaine. En face, on attendait l’Europe moribonde et molle du genou comme à sa triste habitude. Sauf que plot twist : Macron, aux fraises sur le plan national, se refait la cerise à l’international et s’est mué en vrai patron de l’UE façon Maverick, avec un discours bien tranchant comme il faut et des lunettes Aviator déjà sacrées icône 2026 alors qu’on n’a pas fini la galette.
Vu comme ça, je vous l’accorde, le décor frôlait la parodie. Mais pour une fois, le scénario a changé et le dindon de la farce n’est pas celui qui dit que l’autre y est.
Derrière les punchlines, l’anomalie démocratique est arrivée : l’Europe a dit non et un non plutôt très ferme, bien têtu et super concret sans alinéa 15 de la page 125. Avec quelques dizaines de soldats au Groenland, un refus net des menaces militaires et douanières américaines, ainsi qu’un projet de riposte salé dans les tiroirs, le gros dur orange a fini par remballer son projet d’expansion, et a même rangé ses surtaxes au placard pour bricoler à la place un pseudo-accord OTAN sur une menace arctique que personne ne voit pour arrondir les angles et faire croire qu’il a gagné (ce qu’il a évidemment dit).
Rien ne dit que Trump ne reviendra pas à la charge mais l’épisode rappelle une évidence qu’on avait soigneusement enterrée : même vieillissante, divisée, bureaucratique, l’Europe rappelle à tout le monde qu’elle existe et qu’elle peut devenir un problème dès qu’elle cesse de servir de décor.
Entre soumission résignée et hystérie guerrière, il était également bon de montrer qu’il reste un espace pour une puissance calme.
Pour l’instant, c’est mince. Mais ça fait du bien par où ça passe. À moins d’être Donald lui-même. Ce qui n’est a priori pas votre cas.
1. Le retour du Roi
Pendant qu’on regardait Trump capturer des Présidents et négocier le Groenland comme une villa secondaire, on avait presque oublié que la France savait, elle aussi, entretenir le théâtre permanent. Bien que Sébastien Lecornu ait juré, la main sur le Parlement « qui fonctionne », qu’on en avait fini avec le 49.3 pour le budget 2026 ; première occasion sérieuse, premier rejet du PLF et c’est le retour du bouton nucléaire institutionnel pour faire passer le volet recettes après un Conseil des ministres en mode cellule de crise : le 49.3.
Exit donc les ordonnances rêvées par Macron (trop voyantes, trop censurables), place à la version “soft power” avec le 49.3 et quelques cadeaux bien ciblés pour la gauche (hausse de la prime d’activité, gel de l’impôt sur le revenu, repas étudiant à 1 €, coups de pouce aux bailleurs sociaux, fonds vert regonflé et 2 000 postes dans l’Éducation nationale histoire que le PS regarde ailleurs au moment de la motion de censure.) En face, LFI et RN déposent leurs motions, les Républicains jouent les vierges effarouchées sur un budget trop dépensier, mais sans les socialistes, tout ce petit monde retournera s’indigner à la buvette et sur les plateaux. Bref, ce budget-là passera sans doute.
L’actualité de la France, c’est Hexagone qui en parle le mieux, for sure.
2. Le Canada se prépare à une invasion américaine (vous avez bien lu)et
Pendant que Trump s’amuse à poster des cartes où le drapeau américain recouvre cosy le Canada, Cuba et le Groenland, Ottawa fait semblant de prendre ça “théoriquement” et bosse sérieusement sur un scénario d’invasion US pour la première fois depuis un siècle. Les généraux canadiens ont fait leurs calculs : face à la première armée du monde, les positions stratégiques du pays tiendraient quelques jours tout au plus. Faute de chars en nombre, il va donc falloir sortir une carte plus proche du remix nordique du Vietnam que de Call of Duty 10: embuscades, sabotage, drones, attaques éclairs, l’objectif étant de rendre toute occupation tellement coûteuse que même un président accro aux fantasmes impériaux finirait par regarder ailleurs.
Bon, ceci étant dit, une invasion reste hautement improbable : les deux pays sont collés dans le NORAD, coincés ensemble dans l’OTAN, et une attaque US ferait exploser l’alliance façon grand huit géopolitique. Mais entre les cartes IA de Trump, les sous-marins russes qui rôdent dans l’Arctique et les bouées chinoises qui cartographient les fonds marins, le Canada a décidé de sortir du rôle de gentil voisin pour investir massivement dans son armée. Message sous-jacent : oui, on vous aime bien (bof), mais on préfère quand même prévoir le jour où vous déciderez que notre eau douce, notre glace et nos forêts sont officiellement devenus le Trumpistan.
3. La Chine en plein bug
La “fabrique du monde” tourne toujours. Mais celle des bébés, elle, est en panne sèche. Résultat, 7,92 millions de naissances en 2025, niveau le plus bas depuis 1949, soit -17 % en un an, pour 11,31 millions de décès. Résultat : la population recule de 3,39 millions, à 1,405 milliard d’habitants, et même l’année du dragon n’aura été qu’un feu de paille démographique. Pékin a beau assouplir le mariage, encourager les familles et sermonner la jeunesse, les mariages plongent de 20 % et le taux de fécondité tombe à 0,98 enfant par femme, soit moins d’un baby par tête, aïe aïe aïe. En clair, on est plus proche de la disparition programmée que du “rêve chinois”. Pourquoi ce problème ? Des choses que nous connaissons très bien chez nous : logements inaccessibles, éducation hors de prix, jobs précaires, avenir économique flou et une génération urbaine, éduquée, qui préfère survivre à un quotidien anxiogène plutôt que sacrifier sa vie sur l’autel de la patrie nataliste. Quoi qu’il (O’Neal), l’ONU projette une Chine à 1,3 milliard d’habitants en 2050, puis 633 millions en 2100, quand certains scénarios radicaux évoquent carrément 320 millions : le pays passerait en un siècle du géant démographique à la puissance rabougrie, coincée avec une armée de retraités, trop peu de jeunes et un modèle économique bâti sur une main-d’œuvre qui ne naît plus. Bienvenue chez nous.
via Marc Fiorentino
“Un discours sans filtre. Sans limite. Sans respect des règles. Avec un degré d'autosatisfaction (le mot est faible) inouï. Il n'a pas fini de nous étonner.
QUAND IL A ANNONCÉ qu'il allait venir à Davos, avec une délégation de poids lourds de son administration, et qu'il allait s'exprimer, il a monopolisé toute l'attention du Forum. Et les participants ont tous oublié le thème initial, le climat et la planète.
Son discours était attendu.
Surtout sur la question du Groenland.
Et on n'a pas été déçus.
C'était du Trump version XXL.
SUR LA FORME
Toujours les mêmes formules.Toujours les mêmes mots avec un vocabulaire limité (nice guy, I like him, fantastic, amazing...). Des phrases qui reviennent hors propos à intervalles réguliers (l'inflation n'a jamais été aussi basse, l'économie n'a jamais été aussi forte, nos armes sont les plus puissantes). Les mêmes anecdotes qui reviennent en boucle (son échange avec Macron sur le prix des médicaments : "Non, non, non, je ne peux pas faire ça...").
SUR LE FOND
C'est peut-être ce qui m'a le plus frappé.
Il est transparent. Sans filtre.
Ses leitmotivs :
- Les États-Unis se sont fait arnaquer par tous les pays, notamment de l'OTAN, et il remonte à la Seconde Guerre mondiale.
- Les États-Unis ont aidé le monde entier mais le monde n'est pas reconnaissant.
- Il méprise ce qu'est devenue l'Europe et considère que nous nous enfonçons chaque jour un peu plus sans réagir.
- Il méprise le Canada qui ne pourrait pas exister sans les États-Unis mais il respecte la Chine.
- Il a une forte conscience de la puissance des États-Unis, militaire notamment, et il veut la monétiser à coup de centaines de milliards de $.”
Bon, quand on connait la fin…
Le Morning Zapping de Marc Fiorentino fait du bien là ça fait parfois mal. Il est à retrouver ici.
Les blogs de rageux qui nous faisaient marrer ont fait plus de dégâts qu’on l’imagine.
Dry January, c’est ce moment de l’année où la France essaye d’être sobre pendant que Bercy essaye d’ignorer le lobby de l’alcool. Le concept est importé d’Angleterre : un mois sans boire, beaucoup de stories, un peu d’introspection, et dès le 1er février des soirées organisées comme un débarquement allié sur le rosé. Entre-temps, 49 000 morts par an, mais on a décidé que “à consommer avec modération” était une politique publique.
Et puis il y a les trajectoires moins instagrammables : l’ex-amoureuse de la vodka qui foire tous ses Dry January, arrête “provisoirement” pour finir un roman et ne revient jamais vraiment à la bouteille. Deux ans plus tard : plus d’ivresse, plus de gueule de bois, juste la découverte obscène qu’on peut se lever avec un cerveau en état de marche.
Moralité : Dry January ne va pas sauver le pays, mais il pose une question assez simple, presque vulgaire : est-ce qu’on a encore envie que sa vie sociale tienne debout uniquement parce qu’un verre tient dans la main ?
Beaucoup d’histoires et de questions qui résonnent fort.
Bienvenue sur Transfert, la newsletter du podcast du même nom, made in Slate.
Vous pouvez lire de manière non modérée, ça ne fait concrètement de mal à personne.
Les uns prêchent le body count zero et la chasteté productive façon start-up : pas de couple, pas de sentiments, juste du grind et des pecs, parce que « chaque soirée dehors, c’est du temps en moins pour scaler ta boîte ». De l’autre côté du Pacifique, Wired raconte l’explosion des AI boyfriends en Chine : des millions de jeunes femmes préfèrent des compagnons générés par algorithme, qu’on va parfois jusqu’à faire incarner par de vrais acteurs sur commande. Motif limpide (et effrayant) : ces hommes-là ne trompent pas, ne frappent pas, ne volent pas.
Bref, entre Silicon Valley qui fantasme la vie sans attache et Chine qui externalise le romantisme au cloud, voici une question simple : si même l’amour devient un produit dérivé de la performance et de la sécurité, que reste-t-il aux relations humaines ? Vous avez 2 minutes pour répondre sinon Trump envahit votre domicile.
La tech et ses dérives, c’est Tech Trash. Et Tech Trash est revenu en forme.
Burn-out : je vous demande de vous arrêter
Il n’y a pas une personne à qui je l’ai dite qui ne l’a pas comprise instantanément et n’a pas été traversée immédiatement de la tête aux pieds par un frisson glacé, suivi d’un petit pic de rage se traduisant, au choix, par des insultes que la décence me proscrit de partager ici, par un cri du cœur que les limites de l’écrit m’empêchent de retranscrire ou par un mouvement involontaire d’un membre, parfois d’un doigt, parfois le doigt du milieu.
(…)
Si vous l’avez déjà entendue, cette phrase, je compatis. Si vous l’avez déjà prononcée, je compatis aussi, car à part quelques tordus, personne n’est indifférent et ne vit bien son impuissance face à la détresse d’une personne qui appelle à l’aide.
Et pourtant, cette détresse, cette phrase, et le burn-out persistent à se répandre. On a beau en entendre beaucoup, BEAUCOUP parler, du burn-out, ça ne semble pas suffire à l’endiguer. Au contraire.
Parce que j’ai un avis. Et il a beau être absolument pas expert, et potentiellement turbo-débile, il est très tranché. Mon avis, c’est qu’on comprend le burn-out complètement de travers. J’ai une définition extrêmement personnelle du bail, et je vais vous la raconter car, comme dit précédemment, qu’est-ce qu’on a à perdre ?
Ça, c’est mon avis, mais c’est aussi un constat : on peine à clairement définir le bail donc chacun·e y va de sa petite sauce. Là où en est le consensus, à date, c’est que c’est PAS une maladie. Pour le reste, on n’est pas méga-avancés, voyez par vous-mêmes.
Côté OMS, on le définit comme un “phénomène lié au travail”, et plus précisément “un syndrome conceptualisé comme résultant d'un stress chronique au travail qui n'a pas été géré avec succès. Il se caractérise par trois dimensions : un sentiment d'épuisement ou de fatigue ; une distance mentale accrue par rapport à son travail, ou des sentiments de négativisme ou de cynisme liés à son travail ; et une efficacité professionnelle réduite.”
Ce qui est… descriptif mais pas explicatif, si vous voyez ce que je veux dire. C’est à la fois clair et assez flou. Pas de notion d’échelle, d’intensité : on sent que c’est le bout d’un chemin et que ce chemin est merdique, mais on sait pas trop où il commence et où il s’arrête…
Essayons avec la Haute Autorité de Santé, qui définit le “syndrome d’épuisement professionnel” (l’équivalent du burn-out) (on a vraiment un talent dans les traductions françaises pour rendre les trucs chiants) comme un “épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel » et nous aligne ensuite les mêmes signes qu’au-dessus.
Ça me fait le même effet que quand je fais défiler un carrousel Insta de self-help qui promet de me donner des grands conseils sur la vie : rien n’est faux, mais rien ne fait crac-boum dans ma tête. Sur la base de ces définitions, impossible de se dire, soi, si on est en burn-out, si on y est pas, ou si on est quand même pas loin d’y être.
Et c’est justement pour ça que les chiffres vont dans tous les sens. Parce que la définition est finalement assez peu claire, les estimations du nombre de personnes concernées à un temps T en France vont de… 400 000 selon la police (les professionnel·les de santé) à 2,5 millions selon les organisateurs (les gens, en déclaratif). Ce qui n’est pas pareil, et qui nous montre bien qu’on est un peu paumax.
Bon, j’ai beau avoir l’audace d’ouvrir ma gueule sur le sujet, j’aurai pas celle de vous proposer une définition en quelques lignes.
Ce que je peux vous dire pour commencer, c’est que je trouve vachement plus d’intérêt au terme anglais. Le “burn-out”, c’est le feu. Littéralement, je veux dire. Le mot porte en lui une idée limpide et sensorielle, celle de la surchauffe. De la combustion. De la carbonisation. Du cramage, qui ne se rapporte pas au plumage.
Et si je préfère le mot “burn-out” c’est que la surchauffe évoque un aspect essentiel, qu’on peine à traduire en français (attention, hot take) : ce n’est pas juste un résultat, ni même juste un état, c’est un process.
La suite est à retrouver dans CDLT (et pas ailleurs)
À hypervite dans HyperTextes.