Cette semaine, on vous raconte comment l'Europe risque de payer une facture XXL à cause des décisions qu'elle ne prend pas, que le dollar est en chute libre et que le Portugal risque de remplacer la Chine. Lisez jusqu’à la fin pour parler chicha et grosse lose. À dans cinq minutes ! 👀
via Karine Salomon
La “merdification” a ceci de pratique qu’elle dispense d’avoir de grands complots : tout se délite tout seul, lentement, méthodiquement. Un service naît brillant, presque émouvant de simplicité, Google qui répond, YouTube qui divertit, Facebook qui relie. Puis vient le moment où la plateforme ne sert plus l’utilisateur, mais l’annonceur. L’algorithme change de camp. Le confort devient piège, le service devient extracteur de données et l’ensemble se transforme en galerie marchande vaguement toxique. C’est le cycle de vie normal des empires numériques : gloire, dépendance, puis glissade.
N’en voulons pas à la cupidité des plateformes, elles sont dans leur rôle, et regardons plutôt en direction de la résignation tranquille de ceux qui les subissent. Tout le monde sait que les flux sont saturés, que les timelines ressemblent à des catalogues de vide existentiel, que chaque clic alimente une machine dont plus personne ne contrôle vraiment la logique. Pourtant les comptes restent ouverts, les notifications activées, les soirées s’évaporent dans un défilement de contenus qu’on oublie avant même de les avoir vus. On ne croit plus vraiment à la promesse, mais on accepte la camisole. Par fatigue, par habitude, par peur du hors-champ.
Pendant ce temps, la même merdification grignote la parole publique : débats calibrés pour le clash et la rétention, ministres qui gouvernent à coups de mèmes, opposants qui se transformes en influenceurs de l’indignation. Le problème n’est plus tant ce que disent les écrans, mais cette anesthésie lente qui finit par rendre tout équivalent, du génocide au placement de produit. Il reste bien quelques manies dérisoires un peu ringardes, choisir encore ses sources, payer parfois pour lire, aller au bout d’un texte non pas pour “résister” (le mot a été recyclé trop souvent), mais pour préserver une hygiène mentale minimale.
De son côté, le système ne changera sans doute pas et avec un peu de chance, on évitera seulement de finir en bas de page, dans la rubrique “contenus recommandés pour des gens comme vous”.
1. La pause qui vaut 447 milliards
En bloquant l’accord UE-Mercosur au nom d’un avis de la Cour de justice, Bruxelles s’est offert une petite cure de vertu procédurale… avec l’option “facture XXL” incluse. Cinq ans de retard, déjà 183 milliards d’exportations envolés et 291 milliards de PIB évaporés, soit l’équivalent de deux années de croissance parties en fumée parce qu’on “réfléchit encore”. Si rien ne bouge avant 2028, l’addition monterait à 447 milliards, avec l’Allemagne en première ligne (-71 Mds), la France qui “résiste” tout en laissant filer 38 Mds d’exports, et l’Italie à -29 Mds. Les secteurs touchés ? Pile ceux où l’Europe sait encore faire quelque chose : équipements de transport, machines, chimie, sidérurgie, agro, pharma. Pendant que l’UE transforme le commerce en sudoku juridique, les entreprises refont leurs valises, la Chine s’installe tranquillement en Amérique du Sud, et l’Europe reste coincée entre matières premières chinoises et consommateurs américains. Officiellement, on “prend le temps”. En vrai, on subit le notre nouveau sport continental : payer très cher le droit de ne pas décider.
Les coulisses de l’Union Européenne sont à découvrir sur What’s Up EU.
2. Dollars en solde
Depuis que Trump est revenu poser ses mocassins sur le Bureau ovale, le dollar s’affaisse comme un golden boy en fin de bulle : de 1,03 à plus de 1,20 dollar pour 1 euro, soit –15 % pour la monnaie censée tenir le monde debout. Officiellement, tout va bien, le président trouve le billet vert “great”, ce qui, en langage de marché, signifie surtout : personne à Washington ne se précipitera pour enrayer la glissade tant que ça doperá un peu les exports et les profits des multinationales. La mécanique est simple comme une gueule de bois : dollar plus faible, actions US plus jolies, crédit moins cher si la Fed finit par céder. De l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe encaisse quelques barils de pétrole moins chers mais voit ses exportateurs se faire laminer par un euro bodybuildé. Et pendant que les cambistes font semblant de jouer aux adultes devant leurs courbes, la vraie question pour tout le monde est d’une banalité désespérante : est-ce encore une stratégie de puissance, ou juste le début d’un lent déclassement qu’on maquille en opportunité, comme on appelle “nouvelle vie” ce qui n’est, au fond, qu’un divorce de plus.
3. La fin du “Made In Très Loin” grâce au Portugal ?
Hors de Chine, le textile a trouvé son Airbnb européen : le Portugal. Longtemps vu comme un simple plan B de proximité, le pays s’est offert un vrai lifting industriel : 71 % d’électricité renouvelable, usines décarbonées, eau recyclée, biomasse, solaire, innovations matières… sur certains sites, les émissions de CO₂ ont déjà chuté jusqu’à 45 %. Résultat : au lieu d’empiler des promesses RSE sur des chemises fabriquées à 10 000 km, les marques peuvent enfin produire plus près, plus sobre et surtout traçable, avec un écosystème capable de gérer petites séries, réassorts express et co-développement de tissus techniques. Le sous-traitant discret devient partenaire stratégique, parfaitement aligné sur les futures contraintes européennes sans renoncer à la compétitivité. Et pour ceux qui veulent vérifier si tout cela ressemble à une vraie mutation ou à un powerpoint bien repassé, il faudra quitter LinkedIn, prendre un badge à Première Vision Paris et toucher les rouleaux plutôt que liker les grands discours.
C’est une bonne question d’autant que l’Empire du milieu est dans toutes nos poches, sur nos étagères, dans nos algorithmes. On parle souvent de lui, on le commente beaucoup mais on le regarde finalement peu.
L’équipe de Génération Do It Yourself par Matthieu Stefani est alors partie en Chine comme on entre dans un bar loufoque à trois heures du matin : avec curiosité, méfiance et l’intuition que quelque chose d’important s’y joue. Ce déplacement n’a rien de celui d’agrément et relève plutôt d’une nécessité intellectuelle, presque morale, face à un pays qui façonne déjà une partie de notre quotidien sans que nous prenions vraiment le temps de le regarder.
Ce documentaire n’a pas pour but d’expliquer ni de rassurer, mais d’observer froidement un monde qui a pris de l’avance et qui, quoi qu’on en pense, impose désormais son rythme.
On répète partout que le vrai luxe aujourd’hui, ce n’est plus le sac, ni la voiture, mais le triptyque : espace - silence - temps. Du temps sans réveil, sans réunions, sans Slack qui clignote, c’est super mais dans le contrat social, une petite ligne en bas précise : le temps libre doit être “bien employé”. S’il ne sert ni à sauver la planète, ni à lancer un projet qui scale, ni à devenir une meilleure version de soi-même, il bascule très vite dans la case infamante : lose.
Alors on sature. Non pas parce que nos existences seraient tragiquement intenses, mais parce qu’on les remplit comme on remplit un formulaire administratif : cases à cocher, journées “optimisées”, week-ends “rentabilisés”. La technologie n’a pas libéré du temps, elle a simplement permis d’ajouter des couches. “Ne rien faire de spécial” n’est plus une possibilité, c’est presque une anomalie de fonctionnement, un bug dans le logiciel de la performance douce.
La question devient donc moins légère qu’il n’y paraît : a-t-on encore le droit de vivre des heures objectivement inutiles, des journées ratées, des recettes foirées, des métaphores comprises de travers, sans chercher à en tirer une leçon de développement personnel ? Camille Lamouche creuse ce fil-là, entre crevettes trop cuites, huile de coude introuvable et métaphores prises au pied de la lettre. Histoire de voir si loser n’est pas, finalement, une forme avancée de liberté. Sous la drôlerie, une vraie interrogation : et si le temps “perdu” était la dernière chose qui nous échappe encore ?
Vous avez 4 heures 5 minutes pour lire cet article.
Vous vous rappelez de Diella ? Pour vous la faire courte, Diella était vendue comme super-héroïne numérique de l’Albanie : une ministre-IA (déjà…) « du Bien » (vous le voyez venir), infatigable, pas payée et surtout incorruptible chargée de nettoyer la vie publique au Kärcher algorithmique.
Le résultat quelques mois plus tard en dit long sur le triomphe et le génie de l’initiative : les hauts responsables de l’agence gouvernementale qui l’ont conçue sont eux-mêmes mis en cause dans une enquête pour corruption, soupçonnés d’être liés à un groupe criminel spécialisé dans les marchés publics truqués. Exactement qu’elle était censée combattre avec impartialité.
Qui aurait pu prédire ?
La tech et ses dérives, c’est Tech Trash. Et Tech Trash est revenu en forme.
Une chicha, un thé à la menthe, un aveugle voyant, une patronne de sex-shop, des travaux de voirie, un tapis de souris persan, un éditeur pharaon et beaucoup beaucoup de citrons en tranche. Voici la recette de cette nouvelle série de chroniques made in Lisa Delille.
Ecrites toujours le même endroit, toujours avec les mêmes gueules. Chaque texte part d’un détail banal, un ordinateur sale, un client, un sudoku, une crise et raconte la vie telle qu’elle est : bancale, drôle, violente, absurde. C’est cru, direct, littéraire sans pose, c’est un journal de survie urbaine, c’est du Lisa Delille, ça se lit donc comme une lettre à la Poste (hein).
Vous aviez aimé OK ! Bômeuse ? Alors il y a de grandes chances pour que vous aimiez les Chroniques du Sphinx.
Vous savez donc quoi lire ce soir après Thalassa.
À hypervite dans HyperTextes.