La RĂ©publique est-elle en retard dâune mise Ă jour ?
via Lennie Stern
On pourrait continuer Ă sâextasier devant la victoire de Mamdani Ă New York, comme si trois slogans pop et quelques promesses de transports gratuits avaient suffi Ă hacker lâAmĂ©rique. Mais ce qui sâest vraiment jouĂ© lĂ -bas (et ailleurs hein), ce nâest pas ce petit shoot de âradicalitĂ©â pour Ă©ditorialistes en mal de sensations fortes et ça nâa mĂȘme rien Ă voir avec un programme. Câest un dĂ©but de changement dâinfrastructure politique.
Pendant que nos institutions françaises communiquent encore comme si la fibre nâĂ©tait quâun projet pilote, une gĂ©nĂ©ration pratique dĂ©jĂ la dĂ©mocratie en temps rĂ©el et agit dĂ©sormais comme si gouverner relevait dâun tutoriel YouTube : clair, collectif, sans gĂ©nuflexions inutiles.
Au NĂ©pal, un Premier ministre est tombĂ© parce quâil nâavait pas compris quâun salon Discord baptisĂ© dâaprĂšs One Piece peut faire plus de dĂ©gĂąts quâune motion de censure. Au Maroc, des milliers de jeunes dĂ©libĂšrent chaque soir avec la rĂ©gularitĂ© dâun comitĂ© central et la dĂ©sinvolture dâun groupe WhatsApp familial. Ă New York, Mamdani a menĂ© sa campagne comme on administre une guilde : prĂ©sence, clartĂ©, rythme.
En France, on continue dâexpliquer que âles jeunes ne sâintĂ©ressent plus Ă la politiqueâ, ce qui revient Ă reprocher Ă un train dâĂȘtre parti alors quâon contemple toujours le panneau de la gare.
La vraie inquiĂ©tude concerne ceux qui tiennent encore Ă leurs congrĂšs, leurs commissions et leur belle prose administrative. Un jour, certainement et peut-ĂȘtre pas maintenant, un candidat surgira dâun serveur Discord, sans parti, sans appareil mais avec une communautĂ© soudĂ©e et un langage clair qui fera mouche. Et ce jour-lĂ , il faudra dâabord se mouiller la nuque et peut-ĂȘtre commencer Ă sâhabituer Ă lâidĂ©e humiliante que la dĂ©mocratie sâest peut-ĂȘtre recyclĂ©e sans nous, Ă la vitesse dâun fil de discussion.
3 choses Ă ne pas faire tomber dans lâoreille dâun sourd Ă savoir cette semaine
1. La Chine devient écolo en chauffant la planÚte comme un radiateur soviétique
PĂ©kin le jure : la Chine deviendra une « civilisation Ă©cologique », promet la neutralitĂ© carbone en 2060 et tout le package. Sauf que dans le mĂȘme temps, lâempire du Milieu tourne encore au charbon comme si le XXIá” siĂšcle nâavait jamais commencĂ© : 60 % de lâĂ©nergie consommĂ©e, prĂšs dâun tiers des Ă©missions mondiales, et 93 % des nouvelles centrales Ă charbon rien quâen 2024. Mais il y a un twist fou. Si la Chine pollue toujours bien massivement comme il faut, elle sâimpose nĂ©anmoins comme le premier constructeur dâĂ©olien et de solaire au monde, inaugurant mĂȘme un champ solaire grand comme la Seine et Marne. Une main sur le climat, lâautre dans la cheminĂ©e, entre ambitions vertes, dĂ©pendance fossile et stratĂ©gie gĂ©opolitique bien huilĂ©e, PĂ©kin joue le parfait pompier pyromane sur deux tableaux avec une efficacitĂ© redoutable et une opacitĂ© tout aussi spectaculaire.
Le monde a parfois besoin de dĂ©cryptage. Ăa tombe bien, câest que fait Hugo (il dĂ©crypte).
2. La France retrouve la ligne en supprimant le dessert
Bonne nouvelle : aprĂšs deux ans de dĂ©rapages façon patinage artistique, le dĂ©ficit public repasse sous la barre des 5,5 % du PIB. Bercy jubile, Maud Bregeon parle dâ« engagement tenu » et lâĂtat peut enfin respirer Ă condition de ne pas trop regarder la facture car ce lĂ©ger mieux a un prix : 4,2 milliards dâeuros de crĂ©dits Ă©vaporĂ©s dans presque tous les ministĂšres. France 2030 perd 1,6 milliard (lâinnovation attendra), le Travail 800 millions (lâemploi aussi), la Recherche 250 millions (logique, on sait dĂ©jĂ tout). Pendant ce temps, lâĂ©nergie et la dĂ©fense rĂ©cupĂšrent des rallonges, parce que, mĂȘme dans les annĂ©es sobres, il y a des prioritĂ©s qui ne se discutent pas. LâĂ©conomie, elle, fait semblant dây croire : croissance Ă 0,7 %, inflation Ă 1,1 %, chiffres assez doux pour donner lâillusion dâun tournant. On parlerait presque de maĂźtrise si la SĂ©curitĂ© sociale nâĂ©tait pas toujours en train de se vider par en dessous. Reste que, pour la premiĂšre fois depuis longtemps, la France atteint rĂ©ellement un objectif budgĂ©taire. Et quand câest bien, faut le dire aussi.
Laurent vous en parlera mieux que moi dans Economix.
3. Les IA ont déjà un meilleur systÚme de retraite que vous
Anthropic a dĂ©cidĂ© que ses modĂšles vieillissent comme tout le monde et quâil fallait donc leur offrir une retraite digne : sauvegarde sur disque dur, quelques questions existentielles avant lâextinction et un purgatoire numĂ©rique pour Ă©viter quâun Claude paniquĂ© ne vire Terminator. Microsoft fait lâinverse mais tout aussi Ă©trange : une âsuperintelligence humanisteâ (mort de rire) Ă©levĂ©e comme un bĂ©bĂ© prodige quâon promet de garder sous contrĂŽle. (chances de dĂ©rapage : 100000%)
DerriĂšre ces mises en scĂšne, un petit parfum de technopanique bien rodĂ©. En parlant de machines sensibles, dangereuses ou quasi divines, les gĂ©ants de lâIA rejouent la vieille stratĂ©gie du grand mĂ©chant Terminator celle qui fait beaucoup de bruit et permet de masquer les dĂ©gĂąts bien rĂ©els : discriminations, dĂ©sinformation et haine qui grandit Ă grande vitesse. Une diversion parfaite, emballĂ©e dans un storytelling techno digne dâun blockbuster du dimanche soir. On y croit quand mĂȘme.
Instant gamberge : nos boss sont-ils en apnée stratégique ?
Il y a, chez beaucoup de dirigeants, une maniĂšre trĂšs contemporaine de fuir lâavenir : sâenfouir dans lâaction comme on sâenfonce dans un mauvais sitcom, sans plaisir mais avec beaucoup dâapplication. LâopĂ©rationnel devient une sorte de refuge existentiel : tant que lâon sâagite, on ne se demande pas pourquoi. Câest bien pratique aprĂšs tout.
Penser la stratĂ©gie, câest parfois admettre quâon ne sait plus (ou pas) trĂšs bien oĂč lâon va. Et ça, câest intolĂ©rable. Autant continuer Ă Ă©teindre des feux dĂ©risoires : au moins les flammes donnent de la lumiĂšre, mĂȘme si elles brĂ»lent tout ce qui compte.
On finit alors par gĂ©rer son entreprise comme on gĂšre sa vie : on avance par rĂ©flexe, on confond le mouvement avec le sens et on appelle ça âtenir le capâ pour ne pas dire âflotterâ.
La vĂ©ritĂ©, câest que lâapnĂ©e stratĂ©gique arrange tout le monde : elle donne au dirigeant lâimpression dâĂȘtre indispensable et aux Ă©quipes lâillusion que la pagaille nâest que temporaire. On vit Ă crĂ©dit sur un cap implicite, une vision quâon âa dans la tĂȘteâ, et quâon ne formule jamais vraiment. Comme si la nommer risquait de la fissurer.
Jusquâau moment oĂč lâair manque vraiment : la croissance sâessouffle, les Ă©quipes se dispersent, et le dirigeant lui-mĂȘme ressemble Ă une version sous-cafĂ©inĂ©e de ce quâil prĂ©tend ĂȘtre.
Remonter Ă la surface nâa alors rien dâun acte hĂ©roĂŻque. Câest juste reconnaĂźtre cette vĂ©ritĂ© simple, presque triviale : penser demande plus de courage que sâagiter. Et aucune entreprise nâest morte dâavoir trop rĂ©flĂ©chi seulement dâavoir trop couru en apnĂ©e.
Retrouvez lâanalyse bien pensĂ©e de Jean & Felix, pour la newsletter Punchline.
Ă quel niveau d'apnĂ©e stratĂ©gique ĂȘtes-vous ?
La forĂȘt : quel bienfait sur votre bien-ĂȘtre ?
En partenariat avec Garnier x WWF
Si votre semaine a Ă©tĂ© difficile et que vous ne savez pas quoi faire ce week-end, nous avons trouvĂ© le remĂšde parfait : la forĂȘt.
Saviez-vous que 30 minutes passĂ©es en forĂȘt suffisent Ă rĂ©duire le stress et Ă renforcer lâĂ©quilibre Ă©motionnel ? Et si vous avez des enfants, une exposition accrue Ă la nature peut augmenter de 5âŻ% leur capacitĂ© de mĂ©morisation et rĂ©duire de 24âŻ% les symptĂŽmes psychosomatiques chez les 11â15 ans. Pas besoin dâaller loin : une forĂȘt se situe Ă moins de 10 km de chez vous. La nature est donc plus proche que vous ne le pensez.
Pour beaucoup, les forĂȘts françaises sont des sources inĂ©puisables de bien-ĂȘtre, et pourtant⊠elles sont plus Ă©puisables quâil nây paraĂźt : changement climatique, urbanisation, dĂ©forestation. Nos forĂȘts françaises ont besoin de nous.
Câest pourquoi Garnier sâengage pour soutenir les actions du WWF France, notamment le programme Nature Impact qui vise Ă prĂ©server 50 000 hectares de forĂȘts françaises. Ce partenariat vise Ă©galement Ă sensibiliser et mobiliser 70 000 personnes dâici Ă 3 ans. Vous souhaitez en faire partie ? Garnier et WWF France vous proposent :
Adopter des gestes simples au quotidien
Participer Ă des marches ou courses solidaires en forĂȘt
Soutenir les projets du WWF France, bénévolement ou à travers des dons
Ătes-vous prĂȘts Ă rĂ©pondre Ă lâappel de la forĂȘt ? Mobilisez-vous et dĂ©couvrez toutes les actions ici.
Et sinon, Ă qui faire confiance ?
Kessel organise Radar, la confĂ©rence sur la dĂ©sinformation et les nouveaux acteurs de lâinformation.
Entre fake news/ AI, ingĂ©rences Ă©trangĂšres, polarisation, la situation mĂ©diatique est devenue critique mais une nouvelle gĂ©nĂ©ration dâacteurs mĂ©dias se mobilise et se joint aux mĂ©dias statutaires qui se rĂ©inventent pour conquĂ©rir un public de plus en plus exigeant.
Qui sont ces nouveaux acteurs ? Quelles solutions envisager pour endiguer la désinformation ? Quels risques encourons-nous ? Comment soutenir et défendre ceux qui fabriquent une information de qualité ?
Ăa se passe le 3/12 au Grand Rex en partenariat avec Le Monde, TV5, Publicis Media Content, SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, Allianz, Quotidien et Konbini.
âïž Quelques places seront rĂ©servĂ©es Ă nos lecteurs, invitation sur demande en rĂ©pondant Ă cette newsletter.
20 ans de Spotify : le loup est entré dans la bergerie
par Hupster
â Une origine : entre piratage et utopie suĂ©doise
Stockholm, 2006. Le jeune Daniel Ek, 23 ans, code plus vite quâil ne dort. Il a dĂ©jĂ vendu une startup Ă 18 ans, roule en Porsche, mais sâennuie. La SuĂšde a beau ĂȘtre un des premiers pays Ă lĂ©galiser le streaming (merci Pirate Bay), tout le monde tĂ©lĂ©charge illĂ©galement. Daniel, lui, veut rendre la musique instantanĂ©ment disponible, sans piraterie, sans friction. Avec son associĂ© Martin Lorentzon, cofondateur de la rĂ©gie publicitaire Tradedoubler, il rĂȘve dâun Napster lĂ©gal. Il dira un jour au Telegraph :
Jâai compris quâon ne pourrait jamais lĂ©gifĂ©rer contre le piratage. La seule façon de rĂ©soudre le problĂšme est de crĂ©er un service qui soit meilleur que le piratage et qui, en mĂȘme temps, rĂ©munĂšre l'industrie musicale.
Une idĂ©e jaillit (pas quâen SuĂšde dâailleurs, on lâa dĂ©jĂ racontĂ©) : accĂšs instantanĂ©, catalogue tentaculaire, gratuitĂ©, lĂ©galitĂ©. La solution : le streaming, soutenu par la pub et une option premium. Ăa sera donc Spotify.
Pour convaincre les grandes maisons de disques, Ek nâa dâautre choix que de promettre le contrĂŽle total, la transparence et, il faut le dire, un gros chĂšque. Les deux associĂ©s passent des mois Ă les convaincre, insistant sur le fait que Spotify crĂ©erait une nouvelle source de revenus en convertissant les pirates en utilisateurs payants. Les labels montent dans le capital (jusquâĂ 20âŻ% Ă la fondation), Spotify se charge de tout : sĂ©curiser les droits, amasser des fonds, les redistribuer : la machine est lancĂ©e.
Une explosion : virale et mondiale
Octobre 2008, lancement en SuĂšde. Rapidement, le bouche-Ă -oreille enfle, lâinscription sur invitation aiguise lâappĂ©tit des autres utilisateurs europĂ©ens. Mark Zuckerberg tweete sa passion pour Spotify. Quand la plateforme dĂ©barque aux Ătats-Unis en 2011, le secteur est dĂ©jĂ occupĂ© par iTunes, mais lâeffet viral est intact. La culture du «âŻfreemiumâŻÂ», le catalogue immersif, lâĂ©coute sans friction convainquent des millions dâauditeurs.
Pour que cela prenne, il y a un enjeu technologique crucial : la plateforme se doit dâĂȘtre rapide et fluide. Les utilisateurs s'attendent Ă une lecture instantanĂ©e, mĂȘme avec une connexion internet lente. Pour ce faire, les ingĂ©nieurs de Spotify dĂ©veloppent un systĂšme de streaming plaçant les morceaux en cache localement afin de minimiser le temps de chargement. Cette technologie devient un pilier du succĂšs initial de Spotify.
Spotify parvient Ă sâinstaller aux Etats-Unis Ă partir de 2010, grĂące Ă une renĂ©gociation des accords de licence avec de grandes maisons de disques comme Universal et Warner. Ăa a pris du temps mais Spotify est dĂ©sormais global.
Une fronde : les artistes
Les dĂ©buts sont euphoriques⊠jusquâĂ ce que Thom Yorke crie au scandale. En 2013, il retire les morceaux de Radiohead du catalogue, accusant Spotify de « vampiriser les artistes » et de ne pas laisser de place aux talents Ă©mergents. Câest le premier Ă mettre en avant cette revendication. A lâĂ©poque, on lâaccuse dâĂȘtre Ă©goĂŻste. LâannĂ©e suivante, câest Taylor Swift qui fait de mĂȘme.â
La suite est faite de scandales, trahisons et pensées douteuses. Et la suite est sur Hupster.
La recommandation quâil vous fallait : la meilleure dĂ©mission du monde en livre
Vous ne savez plus quoi penser du monde du travail ou bien que vous y pensez simplement trop intelligemment ? On a ce quâil vous faut, Ă savoir une pĂ©pite signĂ©e SĂ©verine Bavon. Comme elle le dit si bien, comme toujours : il y a chapitres utopistes, des chapitres vĂ©ner, des punchlines, de la dataviz rigolote, un bingo des rĂ©unions inutiles et un quiz Biba âĂtes-vous un employeur toxique ?â.
Mais yâa aussi des chapitres Ă©crits au bord des larmes, parce quâĂ un moment yâa un truc viscĂ©ral quâest sorti sans prĂ©venir. Yâa des easter eggs. Yâa des blagues sur le caca.
Bref, câest Ă la fois des vannes sur 250 pages, et le cri du cĆur dâune personne qui refuse de continuer Ă encaisser sans broncher les injustices et les absurditĂ©s du monde du travail.
Pour en savoir plus, lisez CDLT⊠PRĂCOMMANDEZ CETTE OEUVRE.
Ă hyper vite dans HyperTextes.
