Peut-on encore âbriller Ă lâinternationalâ quand on nâĂ©claire plus personne chez soi ?
via THIERRY ARNAUD
Sur le papier, on est lĂ , toujours lĂ .
Emmanuel Macron continue dâaligner les poignĂ©es de main et les grandes phrases comme un illusionniste en fin de carriĂšre. Il reçoit des princes pendant que son royaume brĂ»le, parle dâunitĂ© europĂ©enne pendant que son pays sâinvente des conflits tous les quinze jours. Vu de lââĂ©tranger, on applaudit poliment, un peu comme on fĂ©licite un violoniste qui sâobstine Ă jouer sa partition sur un paquebot qui vient de dire bonjour Ă un iceberg.
Le constat est implacable : la diplomatie française marche encore, mais Ă vide. Elle tient grĂące Ă la gestuelle, aux symboles, Ă cette vieille idĂ©e que la France a quelque chose Ă dire au monde mĂȘme quand elle ne sâĂ©coute plus elle-mĂȘme. Au fond, nous restons fidĂšles Ă ce que nous sommes : brillants Ă lâextĂ©rieur, capables de leader la rĂ©sistance europĂ©enne face Ă la Russie et ingĂ©rables Ă domicile.
âPunch above its weightâ, disent les Anglo-Saxons. Sauf quâĂ force de boxer au-dessus de sa catĂ©gorie, la France sâest donnĂ© un uppercut diplomatique : elle titube avec Ă©lĂ©gance, persuadĂ©e quâon lâadmire encore.
Le Président solitaire voulait jouer les arbitres du globe ; il se retrouve finalement avant tout spectateur de son propre chaos. Et seul au milieu de tous.
3 choses qui vous prendront moins de temps quâun poste de Ministre sous SĂ©bastien Lecornu Ă savoir cette semaine
1. Paris 2024 : vers un nouveau record de la dépense
Promis, jurĂ©, Paris 2024 devait booster lâĂ©conomie et relancer le pays. RĂ©sultat, 6,6 milliards dâeuros envolĂ©s, 0,07 point de PIB gagnĂ©, et des touristes partis voir ailleurs si on y Ă©tait. La Cour des comptes vient de poser le podium : effet Ă©conomique marginal, retombĂ©es fiscales invisibles et facture sucrĂ©e salĂ©e. Entre le rapport « optimiste » de Limoges (financĂ© par Paris 2024, ça ne sâinvente pas) et la rĂ©alitĂ© post-flamme olympique, la France redĂ©couvre que la passion du sport coĂ»te parfois plus cher quâun abonnement Ă Basic-Fit. Ă ce rythme-lĂ , on se demande si les Jeux dâhiver 2030 ne seront pas sponsorisĂ©s directement par le TrĂ©sor public.
La French touch, câest un Art de vivre que la newsletter Hexagone dĂ©cortique avec brio.
2. Le Pape en a gros et veut mettre la pression sur lâĂ©cologie
LĂ©on XIV a trouvĂ© sa nouvelle croisade : la planĂšte. Ă un mois de la COP 30, le Saint-PĂšre a exhortĂ© les fidĂšles Ă âmettre la pression sur les gouvernementsâ pour sauver ce quâil reste du climat. Ă la fin de son discours, il a bĂ©ni un morceau de glace du Groenland, joli geste symbolique, mĂȘme si, Ă ce rythme-lĂ , il finira par bĂ©nir une flaque. Dix ans aprĂšs Laudato si, le Vatican semble vouloir redevenir un acteur majeur du GIEC moral pendant que les Ătats prient pour leurs lobbys et Rome pour leurs pĂ©chĂ©s.
AprĂšs, si tout doit cramer, on imagine que le Pape aura dĂ©jĂ prĂ©vu lâencens.
Pour comprendre les enjeux de notre planĂšte, lisez la newsletter dâHugo ClĂ©ment
3. LâItalie en mode triple A (Amour, Astuce et Arnaque ?)
Pendant que la France se fait taper sur les doigts par Fitch, lâItalie sâoffre une standing ovation : note relevĂ©e, dĂ©ficit maĂźtrisĂ©, taux dâemprunt plus sexy que ceux de Paris. Meloni parade, le TrĂ©sor sourit, et Bruxelles applaudit sans trop savoir pourquoi. Trois ans aprĂšs son arrivĂ©e au pouvoir, la Principessa du dĂ©ficit a trouvĂ© la recette : un zeste de rigueur, une pincĂ©e de communication et une montagne dâaides europĂ©ennes. Mais derriĂšre le rideau budgĂ©taire, câest moins glamâ. Les salaires sont restĂ©s bloquĂ©s depuis 2008, la productivitĂ© roupille et huit millions dâItaliens vivent sous le seuil de pauvretĂ© pendant que les retraitĂ©s financent les fins de mois de leurs enfants. LâItalie sâen sort, oui, mais Ă coups de bricolages comptables et dâun plan de relance qui sâĂ©vapore lâan prochain. Alors on fĂ©licite Rome pour ses 3 % comme on fĂ©liciterait un Ă©lĂšve qui a recopiĂ© sur son voisin : le rĂ©sultat est propre, mais on sait trĂšs bien quâil nâa rien compris Ă lâexercice.
đœ Le Paradoxe de lâAbondance : ce que cache vraiment votre assiette.
Hugo ClĂ©ment, journaliste et militant suivi par 1,6 million de personnes, signe une bande dessinĂ©e ludique, passionnante et engagĂ©e sur lâindustrialisation de lâagriculture, un sujet de santĂ© qui nous concerne toutes et tous. Avec Vincent Ravalec au scĂ©nario et Dominique Mermoux au dessin (Le ThĂ©orĂšme de Vaquita), il mĂȘle enquĂȘtes, rencontres avec des agriculteurs et entretiens avec des scientifiques pour nous raconter lâhistoire de lâagriculture et de son industrialisation.
Ce qui aurait pu ĂȘtre un simple constat devient un vrai guide : des pistes concrĂštes pour manger mieux, durablement, et dĂ©couvrir des initiatives inspirantes qui montrent quâun autre modĂšle est possible.
đ Ă vos agendas : Ă retrouver en librairie dĂšs maintenant
En partenariat avec Editions Dargaud
La gamberge de la semaine
Addiction aux réseaux sociaux ? C'est comment qu'on freine ?
par Hupster
âDe quoi on parle ?
De lâaddiction gĂ©nĂ©rale aux rĂ©seaux sociaux et de la maniĂšre dâen sortir. Commençons par un premier Ă©lĂ©ment intĂ©ressant sur la rĂ©alitĂ© de la situation. Ou du moins ce quâon peut en savoir car le problĂšme dans cette histoire, câest que nous manquons de donnĂ©es pour juger de la gravitĂ© ou non de la situation.
Lâinterrogation, voire la surprise du moment, câest que selon une Ă©tude de GWI pour le Financial Times, le temps moyen passĂ© sur les rĂ©seaux aurait culminĂ© en 2022 avant de baisser de 10 % Ă fin 2024, surtout chez les jeunes. Un phĂ©nomĂšne mondial⊠sauf en AmĂ©rique du Nord.
Pour quelles raisons ? Lâaffaire est mystĂ©rieuse et laisse plus de questions que de rĂ©ponses⊠Overdose de « nourriture ultra-transformĂ©e » numĂ©rique, pauvre en valeur informative mais riche en dopamine ? Refus du phĂ©nomĂšme dâ« enshittification » dĂ©crit par Cory Doctorow avec des plateformes obsĂ©dĂ©es par la captation du regard plutĂŽt que par le lien social ? Existence dâun plafond dâusage atteint ? Dâune concurrence des agents conversationnels ?
On sait quoi sur le phĂ©nomĂšne dâaddiction ?
On en sait pas assez, câest sĂ»r. Mais le Washington Post vient de publier une enquĂȘte sur la maniĂšre dont TikTok parvient Ă faire scroller ses utilisateurs pendant des heures, Ă partir dâune Ă©tude qui repose sur 15 millions de vidĂ©os visionnĂ©es sur six mois.
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Tous Offline, vraiment ?
Du cĂŽtĂ© des amis de Tech Trash, on se met Ă rĂȘver dâun monde dĂ©connectĂ© et rĂ©calcitrant aux tous puissants algos. Stylos, montres Ă aiguilles, clubs dĂ©connectĂ©s : le rĂ©tro est devenu un acte de rĂ©sistance. Le Danemark veut bannir les rĂ©seaux aux moins de 15 ans, le Japon limite les smartphones Ă deux heures par jour, et une candidate amĂ©ricaine fait campagne sans TikTok ni Insta parce que, paraĂźt-il, « la dĂ©mocratie fonctionne mieux hors ligne ». On a envie dây voir le dĂ©but dâun monde sans notifs⊠la peur dâune derniĂšre tendance Ă liker existe nĂ©anmoins. Avant de tout dĂ©sinstaller ?
Retrouvez lâarticle de Tech Trash sur le sujet ici.
Du cÎté de chez vous, quel est votre rapport aux réseaux ?
Et sinon, ĂȘtes-vous objectivement belle ?
Câest la question quâon ne devrait plus lire en 2025, et pourtant. Entre deux vidĂ©os de recettes Ă base de tofu et trois influenceuses cryo-massĂ©es Ă DubaĂŻ, une jeune femme a lĂąchĂ© ça sur TikTok, sans filtre, sans second degrĂ©. Et ça a serre le cĆur de Coumbis Hope Lowie, parce que mĂȘme aprĂšs vingt ans de body positivitĂ© sponsorisĂ©e par Dove, certaines grandissent encore persuadĂ©es quâelles ne rentreront jamais dans le cadre littĂ©ralement.
Le pire, câest que rien nâa changĂ© : les algorithmes ont juste remplacĂ© les magazines fĂ©minins, mais la norme reste la mĂȘme, blanche, fine, symĂ©trique et surtout rentable. Alors oui, les petites filles noires rĂȘvent toujours dâĂȘtre Ariel, sauf quâelles nâont pas le bon teint Pantone. Et câest peut-ĂȘtre ça, la tragĂ©die moderne : un monde qui cĂ©lĂšbre la diversitĂ© en HD mais continue dâaimer les visages calibrĂ©s pour la camĂ©ra frontale.
Heureusement, certaines refusent encore le script. Elles sâaiment Ă contre-courant, se dĂ©clarent solaires dans un monde qui leur prĂ©fĂšre les reflets bleus dâun iPhone. Parce quâil faut bien un peu de narcissisme pour survivre Ă la violence des standards.
Et Ă dĂ©faut dâĂȘtre âobjectivement bellesâ, elles deviennent quelque chose de beaucoup plus rare : des preuves vivantes que la beautĂ©, la vraie, commence lĂ oĂč finit lâalgorithme.
La recommandation quâil vous fallait : manger ce que bon vous semble
Longtemps, on a appris aux femmes Ă sâeffacer â dâabord sur les photos, puis dans leurs assiettes. On leur a vendu la maĂźtrise comme vertu, la faim comme faute, le ventre plat comme condition du bonheur. Dans Mangeuses, Lauren Malka dĂ©monte ce mensonge ancestral avec la prĂ©cision dâune archĂ©ologue et la rage dâune affamĂ©e. DâĂve Ă Instagram, lâhistoire est la mĂȘme : on ne pardonne pas aux femmes dâavoir de lâappĂ©tit, pour la vie comme pour le reste.
Aujourdâhui encore, les corps fĂ©minins se nĂ©gocient au pixel prĂšs sur les rĂ©seaux, calibrĂ©s entre diĂštes keto et filtres flat tummy. Mais la faim, Ă©crit Malka, nâest pas un vice : câest une preuve de vie. Une insurrection douce contre les injonctions, une maniĂšre dâoccuper lâespace, celui de la table, du monde, et du rĂ©cit.
đ La newsletter de Curiosity par ClĂ©mence Buisson est Ă lire ici si vous avez faim de vie
Ă hyper vite dans HyperTextes.
