🔗 Ricard, Pizza et Bitcoin

Cette semaine, on vous raconte comment la fermeture des PMU fait le jeu du RN (qui pourtant s'en offusque), mais aussi que les attaques américaines peuvent-être prévues par un pizzayolo et que nous avons un budget pour 2026. Lisez jusqu’à la fin pour lancer la révolution. À dans cinq minutes ! 👀

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6 min ⋅ 06/02/2026

Budget 2026 : rabais à la cantine, surtaxe à la frontière

via Hugo Décrypte

Chaque début d’année, la France découvre son budget comme on découvre son bilan sanguin : on espère vaguement être en bonne santé, on sait confusément que non, et on écoute le médecin réciter les chiffres avec une gravité routinière. 

Celui de 2026 n’échappe pas à la règle. Il a été arraché au forceps, trois 49.3 plus tard.

Officiellement, il s’agit de “réduire le déficit”. En réalité, c’est l’exercice préféré de la Vᵉ : bricoler la pénurie en distribuant quelques totems à chaque camp. En clair, une architecture simple : on promet la réduction du déficit, tout en continuant à l’alimenter avec la même constance mélancolique. 

Un repas à 1 € pour tous les étudiants d’un côté, 6,5 milliards de plus pour la Défense de l’autre. On ajoute 50 € de prime d’activité à 3 millions de ménages MAIS on supprime l’aide de 500 € au permis pour les apprentis, et on sort une partie des étudiants étrangers des APL qui se prennent donc une balle perdue. En parlant munition, le Fonds vert perd 300 millions pendant que les Armées dépassent 57 milliards. Ensuite, on taxe les petits colis à 2 € pour partir en croisade contre Temu et Shein.

Le plus révélateur tient dans ce que le budget considère comme négociable. On supprime 3 000 à 4 000 postes d’enseignants au motif qu’il y a “moins d’élèves”, au lieu de saisir l’occasion, une des dernières, pour réduire des effectifs parmi les plus chargés d’Europe. Le message implicite est limpide : moins d’enfants, donc moins d’effort. On augmente le tarif pour devenir français de 55 à 255 €, geste dérisoire budgétairement mais très précis symboliquement : l’appartenance nationale se gère désormais comme un dossier payant, avec droits fixes.

Ce budget n’a rien d’explosif ; il est pire que cela, il est cohérent. Cohérent avec un pays qui ne croit plus vraiment à son avenir mais tient encore à l’apparence de la maîtrise comptable. On sécurise les frontières tout en laissant se dégrader ce qui se passe à l’intérieur ; on confie à un ticket de resto U à 1 € la tâche de prouver que la République n’abandonne pas sa jeunesse ; on taxe les colis Temu pour faire semblant de mener une grande bataille industrielle.

Le budget n’a rien d’explosif ; il est simplement raccord avec un pays qui ne sait plus très bien s’il gouverne encore une nation ou une feuille Excel. Pour le reste, on semble avoir fait la paix avec une idée simple : tant que les chiffres circulent, on peut se passer d’un projet.

Le décryptage d’un budget qu’on n’attendait plus, c’est ici.

3 choses à mettre dans votre lettre de démission à savoir cette semaine

1. Lendemain de cuite sucré-salé pour le Bitcoin

La “réserve de valeur du futur” vient de se prendre ce que font toutes les réserves de valeur du futur : une taule bien sale. Baisse de 15 % depuis le 1er janvier, 40 % depuis le pic d’octobre 2025 passant de 126 000 à 73 000 dollars, comme un souvenir de bulle qu’on essaie d’oublier. Le déclencheur est évidemment orange, s’appelle Donald et a rallumé la guerre commerciale avec des droits de douane à 100 % sur la Chine. Du coup, les marchés sont passé en mode trouille et le bitcoin - actif “courageux mais pas téméraire” _ est éjecté en premier. Effet levier, liquidations en cascade, tech US qui corrige et tout le mythe “or numérique anticrise” repart dans la même benne que les autres paris risqués. Le pire, c’est que techniquement, tout va bien : la blockchain tourne, les blocs s’enchaînent, le protocole ne transpire pas. Ce qui dégouline, c’est juste l’appétit pour le risque et les grands discours. Ironie : même à 73 000 $, le machin reste à +85 % sur cinq ans. Simplement, la promesse “refuge ultime” ressemble de plus en plus à un slogan de pub écrit après deux verres de trop.

Pour comprendre la finance, les bourses et même le Bitcoin, lisez Economix

2. Musk veut des data centers en mode Calogero

Elon Musk a décidé que ses boîtes allaient arrêter de faire semblant d’être distinctes. SpaceX (fusées, Starlink, sa mégalomanie orbitale) et xAI (son IA générative qui insulte parfois les gens sur X) vont fusionner pour créer, selon lui, “le moteur d’innovation le plus ambitieux sur Terre et au-delà”. Traduction : beaucoup d’argent avec à la clé des datacenters dans l’espace pour entraîner des modèles d’IA en apesanteur, loin des régulateurs et de la gravité. Valorisation annoncée : 1 250 milliards de dollars, soit plus que la somme des deux boîtes séparées, parce que la magie du storytelling ajoute toujours quelques centaines de milliards. Prochaine étape : une IPO “historique” dès juin, objectif 1 500 milliards de capitalisation et jusqu’à 50 milliards levés pour financer ce délire techno-cosmique. Officiellement, c’est pour bâtir l’infrastructure IA du futur. Officieusement, c’est surtout une manière élégante de transformer un empire perso en actif coté, payé par le marché. Habile.

Tout savoir de la tech le temps d’un café, c’est Café Tech.

3. Quoi qu’il en coûte

À force de vouloir des poêles qui n’accrochent pas, des vestes qui ne prennent pas la pluie et des emballages qui survivent à tout, on a fini par inventer quelque chose qui ne disparaît plus : les PFAS. Surnommés “polluants éternels”, les PFAS s’accumulent dans les sols, l’eau et les organismes vivants de manière extrêmement persistante. En 2050, près d’un Européen sur six, soit environ 76,5 millions de personnes, pourrait présenter des niveaux élevés de contamination, L’Europe chiffre la plaisanterie entre 330 et 1 700 milliards d’euros d’ici 2050, pour nettoyer vaguement les sols, l’eau, les corps et gérer ces maladies qui vont avec. Comme quoi, transformer un confort minuscule en dette sanitaire et écologique massive, c’est simple, y a qu’à demander. Mais surtout, étonnons-nous.

L’actualité version environnement, c’est à lire avec Hugo Clément.

Moins de Ricard, plus de rancœur ?

On croyait le “barrage républicain” planqué dans les tribunes du Monde et les appels à la dignité républicaine entre deux soirées électorales. En réalité, il était peut-être posé là, tranquillement, entre le cendrier Ricard, le le ticket de Keno et le calendrier des routiers : le PMU. On en a fermé plus de 80 % en soixante ans, et soudain on découvre que quand on enlève le dernier lieu où l’on parle encore à des gens qui ne nous ressemblent pas, les gens votent plus RN. Oups.

Parce que quand le comptoir disparaît, il ne reste plus que la famille, les voisins et CNews en fond sonore. La politique n’est plus une discussion approximative entre deux cafés, mais un face-à-face solitaire avec des récits nationaux anxiogènes. Plus personne pour dire “non mais Gérard, tu délires”, juste l’impression que tout confirme ce qu’on pensait déjà. En milieu rural, c’est encore pire : parfois, après la fermeture du bar-tabac, il n’y a littéralement plus rien. Juste le silence, la voiture, et le bulletin de vote RN comme dernière offre relationnelle.

Sur vingt ans, les communes qui perdent leur bar-tabac votent un peu plus RN. Pas un tsunami, juste ce petit +1, +2 % qui, scrutin après scrutin, fait tomber des circonscriptions.

Pendant que le centre macroniste parle “transition des usages” et “nouveaux modèles de sociabilité”, le RN, lui, transforme le bistrot en symbole national, patrimoine affectif des “oubliés”. Pas très subtil mais visiblement, ça suffit. Moins de comptoirs = plus de bulletins Jordan.

On pourra toujours organiser des grands débats, des conventions citoyennes et des campagnes sur TikTok mais tant qu’on laissera mourir les endroits où les gens peuvent simplement s’engueuler autour d’un café ou d’une Suze plutôt que seul devant un écran, il ne faudra pas venir pleurer sur la “dérive populiste du pays” et s’étonner ensuite que le pays vote en ayant la gueule de bois.

L’analyse plus complète est signée Aglaée Marchand, et c’est à retrouver sur Public-Sénat.


C’est désormais possible : prévoir les attaques américaines grâce aux pizzas

On connaissait l’indice CAC 40, le VIX et le baril de Brent. Il faut désormais compter avec un nouveau baromètre géopolitique : les ticket de caisse de Papa John’s (une pizzeria). À chaque fois que le Pentagone se prépare à frapper quelque part, les commandes de pizzas explosent autour du bâtiment : +167 %, +1 250 %, des pics nocturnes qui coïncident étrangement bien avec l’Irak, le Venezuela ou l’Iran aujourd’hui. Des gens sérieux ont fini par en faire un indicateur : le Pentagon Pizza Index, version fromage fondu de l’OSINT, suivi via Google Maps, dashboards et même un token crypto ($PPW, évidemment).

Résultat : certains parieurs ont empoché des dizaines de milliers de dollars en lisant les courbes de pepperoni plutôt que celles du pétrole. On résume : empire militaire le plus puissant du monde, technologie de pointe, satellites espions… et au bout de la chaîne, un signal faible décisif : “commande groupée, 21 pizzas, extra cheese”.

Merci les USA.

La reco de la semaine : refuser l'enshittification de l'avenir

On nous répète que le monde part en vrille (c’est vrai) avec le ton de quelqu’un qui lit la météo :polycrise lundi, permacrise mardi, déclin généralisé le reste de la semaine. Et au milieu, la phrase qui tue toute envie de se rebeller : « c’est le réalisme ».

Traduction : ce ne sont pas seulement les services publics, le climat, le travail et la démocratie qui s’abîment, oui. Mais nous aussi, on s’abîme fort à force de “gérer” notre anxiété, “gérer” notre carrière, “gérer” notre épuisement, comme si on était tous devenus chefs de projet du naufrage.

Même mécanique que pour les plateformes : au début, c’est cool, ensuite ça devient nul, et on nous explique que c’est la vie. Sauf que là, ce n’est pas juste Instagram qui se merdifie, c’est l’horizon.

Donc la reco de la semaine tient en une phrase :

arrêter d’accepter qu’on nous vende le déclin comme une loi de la physique.

Ce n’est pas du réalisme, c’est du storytelling : travailler plus dans un monde moins vivable, avec moins de droits, moins de commun, et comme promesse maximum “on va essayer de limiter la casse”. On peut faire mieux que cocher des cases “résilience” sur LinkedIn en attendant la prochaine réforme.

La vraie question n’est pas :“Jusqu’où ça va se dégrader ?” mais : “Qu’est-ce qu’on décide d’arrêter de laisser se dégrader, tout court ?”

À partir de là, on peut peut-être reparler d’avenir sans avoir l’impression de préparer un PowerPoint sur la fin du monde.

Mais ça, c’est évidemment Séverine Bavon qui en parle le mieux dans sa dernière édition de CDLT, écrite, il est vrai, avec un supplément vitriol qui fait du bien par où ça passe.


À hypervite dans HyperTextes.

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